01
juil
09

Hommages…

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Donné ante mortem, au temps de l’inexorable montée vers Neverland…
hommage de Miles Davis,

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Ascenseur pour l’échafaud / musique de Miles Davis

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Miles Davis – “One Phone Call – Street Scenes”
album – You’re under arrest

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Suite de You’re under arrest (1985) de Miles Davis :
“Human Nature”,
titre repris de l’album Thriller (1982) de Michael Jackson
Hommage

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You’re under arrest en entier : ici

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Et :

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20
juin
09

“Burqa”

Il aurait été évidemment préférable qu’une telle “solution” restât inutile. Mais pour cela, la raison aurait dû l’emporter sur la crise identitaire, qui trouve pour s’exprimer de tels relais ! En l’état où en sont les choses, quand un reliquat archaïque marquant l’assujettissement des femmes se trouve ainsi promu… Évidemment qu’il faudra l’interdire ! (Quelque minoritaire que soit éventuellement le phénomène : un seul cas d’assujettissement est déjà un cas de trop !)

Mais il faudra commencer par clarifier les choses — d’où l’utilité du débat requis. Et en premier lieu il faudra clarifier les termes de l’appel de Gérin mélangeant tout et parlant carrément d’emblème “anti-blancs”. Si l’on commence comme ça, il y aura du boulot !

Le mot de trop, à même de griller le combat de Gérin : “anti-blancs” ! Quel rapport ?! Allez dire aux Nigérianes que ceux qui dans leur pays se sont fait émules des “salafistes” pourchassant les “noirs” au Soudan, et qui veulent contre toute la tradition africaine “noire” les cacher sous des oripeaux inventés par des “blancs” du Proche-Orient… Allez leur dire qu’ils veulent les engrillager parce qu’ils sont “anti-blancs” !!! (Où l’on rejoint la lourdeur de la France de 2003-2004 choisissant — à l’appui de quelle bien-pensance ? — de prendre, de fait, parti contre le camp laïque en Côte d’Ivoire / ce face à quoi mon blog, dans son désert, s’est évertué à palabrer.)

Au bout du compte, un tel méli-mélo rhétorique mayonnaisant “anti-blancs” et “burqa”, travaille POUR les salafistes, pour en faire le ralliement de tous les déclassés : dire “anti-blancs” pour dénoncer l’”anti-France” — c’est dans le propos de Gérin ! — comme si “Français” équivalait à “blancs” ! On sait d’où vient le vocable “anti-blancs”, vocable idéologique auquel certaines des cibles de cette idéologie se sont laissé piéger, qui, se croyant “blancs” parce que leur peau est claire, se muent en supplétifs de l’idéologie de la blancheur… Jusqu’au jour où les promoteurs de ladite idéologie leur dévoileront que, comme antan, eux non plus ne sont pas considérés comme “blancs” (et on en est déjà un peu là puisque qu’on considère d’emblée des “salafistes” de peau blanche comme “non-blancs”)…

niqabToujours dans l’ordre du méli-mélo, de grâce, que l’on ne nous resserve pas le sempiternel “signe religieux” ! Non ce n’est pas un signe religieux, mais un signe d’assujettissement des femmes : ça vaut pour le simple voile (”hidjab”) et a fortiori pour l’encapitonnage (”niqab”) surtout s’il est renforcé d’un grillage (”burqa”) !

Autant de marques — plus ou moins prononcées —, antérieures à l’islam, d’assujettissement des femmes.

C’est dans ces cultures antiques-là que se sont développés aussi, auparavant, les usages chrétiens du voile, comme pour les bonnes sœurs. À part que là c’est la marque de soumission à leur “époux céleste” — et que du coup, ce n’est plus assujettissement des femmes à un homme, mais que c’est vraiment, pour le coup, un signe religieux ; lié toutefois à une culture, celle du voile comme signe de soumission d’une femme à son époux, ou futur époux. C’est pourquoi, on sait que nombre de bonnes sœurs d’aujourd’hui, toujours soumises à leur “époux céleste”, ne s’embarrassent pas pour autant d’un signe si évidemment lié à une culture qui n’est plus la leur : tous savent que nombre de bonnes sœurs vont tête nue, comme les prêtres ne portent plus ce vêtement devenu folklorique qu’est la soutane (encore que certains y reviennent…).

Bref, à part pour les femmes célibataires (bonnes sœurs soumises à l’”époux céleste”), lorsqu’elles le portaient encore, le voile n’a pas à être reçu par l’État laïque comme un signe religieux — État laïque qui n’a dès lors pas d’autre question à se poser que celle de savoir si un tel signe de soumission à l’homme est conforme au principe d’égalité : ce qui n’est évidemment pas le cas.

La France devra donc prendre ses responsabilités de République laïque quitte à affronter à ce titre l’Europe — qui n’est pas toujours laïque ! Ce pourrait être la tâche de la France, et sans doute de la France de gauche… — à condition qu’elle ne contribue pas à promouvoir des âneries d’extrême droite comme le vocable “anti-blancs” !

burqa - international society for human rights

10
juin
09

Alyssa Stanton, rabbin

Extraits d’un article publié sur le site de la Fraternité Judéo-Noire de France

L’article date du 30 mai 2009. Il est au futur. Il est désormais, depuis le 6 juin, à mettre au présent, Alyssa Stanton ayant été, depuis ordonnée rabbin :

USA : la première femme afro-américaine à être nommée rabbin…

Traduction : Catherine Leuchter (Israël)
samedi 30 mai 2009 par Administrateur

[...]

Rabbin Alyssa Stantonpar Yitzhak Benhorin
Yediot Aharonot, 24 mai 2009

WASHINGTON – Alysa Stanton, 45 ans, va devenir dans deux semaines la première femme rabbin afro-américaine. Elle sera ordonnée au Mouvement libéral « Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion » de Cincinnati.

Stanton, mère-célibataire d’une fille adoptée de 14 ans, sera ordonnée en même temps que 29 autres femmes ainsi que de 13 hommes au Collège. Ce dernier nomme des rabbins depuis 134 ans. « Il y a dix ans, si quelqu’un m’avait dit que je deviendrais rabbin, j’aurais ri » dit-elle à ABC news. « Moi, un leader spirituel ? »

Stanton a commencé à étudier pour devenir rabbin en 2002 à Jérusalem et elle a complété sa formation à Cincinnati, Ohio.

En août, elle arrivera à Greenville, en Caroline du Nord, où elle prendra fonction en tant que leader spiritual de la congrégation Beit Shalom, à la fois d’obédience massortie et libérale, et qui est au service de 53 familles locales.

[...]

Elle ajoute : « C’est difficile d’ouvrir une nouvelle voie. C’est difficile d’être le premier dans quelque chose, et bien que je sois honorée et impressionnée que Dieu me donne cette responsabilité, je ne prends pas cela à la légère ».

[...]

L’article en entier : ici.

31
mai
09

“La République ne reconnaît aucun culte”… Et aujourd’hui ?

La gauche ne coupera pas à faire avec l’islam (sur la base non-négociable des Droits de l’Homme) ce qu’elle a fait en 1905 avec le catholicisme, et (pour diverses raisons) ce sera sans doute plus dur (et – l’histoire en atteste – déjà en 1905, ce ne fut pas simple). Mais elle ne pourra pas y couper, sans quoi elle laissera prospérer des discours qui, partis de l’extrême-droite, ont fait tache d’huile à droite et au-delà, mélangent tout et donnent aux m2 des édifices cultuels une parole publique qui n’a pas encore clairement reconnu que l’espace du droit appartient exclusivement à l’État laïque.

“Alors comment on fait ?” Voilà me semble-t-il, la question incontournable.

Pour une modeste contribution au débat, simple essai d’éléments de réponse (bien incomplets) :

Tout d’abord, il me semble évident qu’il s’agit de ne pas faire comme fait la République française depuis plusieurs années en contravention avec sa propre constitution stipulant dès son préambule qu’elle, “la République [,] ne reconnaît [...] aucun culte”.

Or voilà qu’elle a bel et bien reconnu le culte musulman à plusieurs occasions : deux cas criants : lors de(s) l’affaire(s) dite(s) du voile islamique, et lors de l’affaire des m2 d’édifices cultuels, à l’occasion de la création sarkozienne du CFCM.

Pour le 1er exemple : la façon qu’a choisie la République de régler “l’affaire du voile” a tout simplement consisté à reconnaître un culte ! puisque la raison qu’on a choisi pour interdire le voile est qu’il serait un signe religieux ; une reconnaissance entraînant ipso facto un débat byzantin sur les signes religieux (croix, kippas, mains de Fatima, et j’en passe).

Or il se serait agi, en termes laïques, de ne pas se mêler de questions théologiques et de trancher le débat selon le droit (humain) : égalité hommes-femmes. L’histoire du voilement des femmes (bien antérieur à l’islam) est connue. Cette pratique s’inscrit dans une tradition (religieuse ou pas, peu importe, ça ne regarde pas la République) plaçant la femme dans un statut d’infériorité par rapport aux hommes. Considérer cet aspect-là des choses aurait suffi pour arriver au même résultat (mais plus efficacement). Il aurait simplement fallu, peut-être, plus de courage.

Autre inconvénient considérable de cette entrée de la République dans cette querelle théologique : donner raison à ceux des musulmans qui font du voile un signe religieux contre ceux qui y voient une tradition archaïque !… Effet catastrophique.

Pour le 2e exemple : la création du CFCM dénote le même fourvoiement républicain. L’idée de départ, grosso modo, est en rapport avec la volonté de se donner un vis-à-vis légal représentant “la communauté musulmane”. Effet catastrophique, dans la mesure où l’on donne de fait aux religieux le statut de porte-parole de tous les Français (ou résidents) issus de traditions musulmanes (on leur a même confié un rôle de médiation lors des émeutes de banlieue !!!). Or, ces Français (ou résidents) sont-ils musulmans pour autant ? Jusque là la République refusait de le savoir comme elle le refuse des autres Français concernant leur religion ou leur absence de religion. Désormais, aux yeux de la République, ils sont, de fait, musulmans ! C’est là une reprise de la vision coloniale où l’on mettait en vis-à-vis (en Afrique du Nord notamment) “Européens” (ce qui n’est pas une religion) et “musulmans” (ce qui en est une !)… (C’est peut-être pour cela, par habitude !, que la France, pouvoir et médias, a de fait combattu ces dernières années en Côte d’Ivoire contre la laïcité. Ce que ce blog, voix dans le désert, a tenté d’expliquer.)

Pour rester en France, voilà qu’à nouveau, quiconque est classé comme d’origine musulmane (voire plus ou moins basané !) est rendu visible devant la République, fût-il athée !, via une instance religieuse où la majorité est le courant le moins clairement laïque ! L’illusion d’optique républicaine est d’avoir cru faire un équivalent du Crif (non-religieux) alors qu’elle a fait un équivalent (mutatis mutandis) du Consistoire israélite, qui, lui, ne représente devant l’État que des cultes. Ou, à l’inverse, d’avoir cru faire un équivalent de la Fédération Protestante quand celle-ci ne représente que des Églises, et pas une “communauté” dont on reconnaîtrait des lois particulières (puisque le protestantisme ne reconnaît pas d’autre loi civile que laïque).

De fait la République a fait un mélange de tout cela, entérinant la dimension politico-religieuse de l’islam le plus courant, reconnaissant de fait le statut socio-religieux de “la communauté” musulmane, devenue d’emblée une exception dans la République (retour subtil au système du haut Moyen Age où les différentes ethnies avaient différents statuts).

Ce faisant, la République a reconnu un culte en en assumant la dimension globale, politico-religieuse !, cette spécificité de l’islam qui en fait un casse-tête dans les démocraties modernes, comme le signalent Soheib Bencheikh ou Abdennour Bidar.

“Alors comment on fait ?” Ben, on commence par cesser de reconnaître ce seul culte-là (quoique de moins en moins seul ! Le phénomène ferait-il tache d’huile ?), et on recommence avec pour seul fondement le droit non-religieux (et notamment les Droits de l’Homme), et non pas des spécificités religieuses (genre voile pour ceux qui croient que c’est un signe religieux / fût-ce pour l’interdire à ce titre-là !).
Ainsi concernant le voile : “est-il en accord avec l’égalité hommes-femmes ?” est la seule question qui vaille.

Autre exemple, un point que le CFCM ne risque pas de trancher : article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 sur “le droit de changer de religion”, dans tous les sens – ou de n’en pas (ou plus) avoir -, contrairement à ce que dit la charia selon de très nombreux de ses représentants, où cela ne vaut que dans un sens (devenir musulman) sous peine de mort, pour les changements dans d’autres sens (l’”apostasie”), dans de très nombreux pays ! D’où la catastrophe théorique de se donner pour vis-à-vis “communautaire” une instance religieuse censée représenter “les musulmans” – et même censée, du coup, représenter y compris un préfet de la République !, le fameux préfet réputé “musulman”, comme si la République avait à se mêler de sa religion ! Et s’il est athée, est–il “musulman” quand même ?!

Voilà à mon sens, et le type de difficultés qu’on a créées, et la façon d’envisager comment les résoudre :

Se tenir fermement au principe constitutionnel selon lequel “la République ne reconnaît [...] aucun culte”, afin de contraindre les instances religieuses musulmanes (qui de toute façon ne représentent pas les nombreux citoyens non-musulmans d’origine musulmane) à opérer ce que le catholicisme a été contraint d’opérer après 1905 : distinguer radicalement l’aspect cultuel de sa tradition (aspect disons “vertical”) et l’aspect selon lequel une religion aurait à proposer des lois pour la vie de la Cité (pour le catholicisme d’hier schématiquement l’Ancien régime, pour l’islam de très nombreux contemporains la charia). L’aspect cultuel (disons en bref “vertical”) regarde les cultes, l’aspect vie dans la cité regarde la République élaborant des lois laïques communes sur la seule base des Droits de l’Homme.

J’ajouterai que ce travail (urgent) qui n’a pas été fait par la droite pourrait être assumé dans le programme de la gauche (si la droite ne remet pas sur le tapis ce qu’elle a fait).

Si cela n’est pas fait, on pourrait se retrouver un jour avec un “programme politique” communautaire assumant des pans entiers de la charia – à moins qu’on ne fasse en sorte (et ce sera un véritable combat d’idées) que les musulmans relèguent les aspects politico-religieux de leur tradition et de leur livre comme relevant d’un passé révolu en République – comme l’a fait le catholicisme en général pour sa tradition politique.

*

Une précision pour dire le malentendu issu de l’héritage colonial — lorsque j’évoque l’héritage colonial, je ne pense pas au contentieux, et à la question de telle ou telle dette — : je pense à la perpétuation, ou à la reproduction d’un travers. En l’occurrence, je vois dans ce qui s’apparente à la “reconnaissance” de fait par la République d’un statut de “communauté musulmane” une reproduction de ce qui relevait au temps colonial de la hiérarchie, ou de la dualité insérée de fait dans la République coloniale entre les citoyens et les “indigènes”. Traduite en Afrique du Nord jusqu’à la décolonisation dans la dualité entre “Européens” et “musulmans”.

La chose a alors été fort bien décrite par Alphonse Daudet en 1872 dans Tartarin de Tarascon : “le bourriquot algérien a les reins solides… il le faut bien pour supporter tout ce qu’il supporte… demandez plutôt aux arabes. Voici comment ils expliquent notre organisation coloniale… en haut, disent-ils, il y a mouci le gouverneur, avec une grande trique, qui tape sur l’état-major ; l’état-major, pour se venger, tape sur le soldat ; le soldat tape sur le colon, le colon tape sur l’arabe, l’arabe tape sur le nègre, le nègre tape sur le juif, le juif à son tour tape sur le bourriquot ; et le pauvre petit bourriquot n’ayant personne sur qui taper, tend l’échine et porte tout.”

Une insertion, et en quelques points une inversion, dans la République coloniale d’alors de la hiérarchie de la dhimmitude.

Sans revenir sur les développements et les tenants historiques, on sait que les juifs ont accédé dès 1870 au statut de citoyens, et donc d’”Européens” par le décret Crémieux.

Les “musulmans” en sont restés à leur statut communautaire indigène.

Mon sentiment est que la République actuelle, dans ses circonlocutions récentes, a en quelque sorte importé en “métropole” un aspect du statut d’”indigénat”, mettant du coup tous ceux qui sont réputés “d’origine musulmane” dans une situation relative à leur religion supposée et donc aux mains des religieux.

Le malentendu est notamment en ce que la République n’entend pas leur donner un statut privilégié, loin s’en faut – puisqu’il s’agit d’une reprise (sans doute inconsciente, disons) de ce qui se pratiquait aux temps coloniaux. Ce faisant les Français (ou résidents) réputés “d’origine musulmane” sont souvent, de fait, représentés par des instances faites de religieux, ce que les plus éloignés de la laïcité savent mettre à profit pour avancer leurs pions !

Le malentendu est donc sans doute plus grave que prévu et appelle à être pris en mains – ce qui est sans doute de la responsabilité de la gauche, puisque la situation actuelle est le fait de la droite, à qui il sera plus difficile de défaire ce qu’elle a fait pour y substituer une laïcité républicaine à la fois plus égalitaire et plus conséquente.

08
mai
09

Commémoration du 8 mai – question de justice

Un appel à relayer :

Les oubliés de la République

Par ALAIN ROUSSET, STÉPHANE HESSEL, LILIAN THURAM, NAÎMA CHARAÏ, PASCAL BLANCHARD, CHRISTELLE JOUTEAU

Appel lancé dans Libération — 05/05/2009 —
http://www.liberation.fr/societe/0101565562-les-oublies-de-la-republique :

Le 8 mai, comme à l’accoutumée, la France célébrera le 64e anniversaire de la fin de la barbarie nazie qui a marqué le retour d’une paix durable en Europe. Mais qui se souvient que cette liberté a été aussi chèrement payée par les combattants «indigènes» goumiers, zouaves, tabors, tirailleurs, spahis engagés, voire pour certains enrôlés de force, dans l’armée française ? Oubliés de la Nation lorsque celle-ci rend hommage aux femmes et aux hommes qui ont risqué leur vie pour que triomphe la liberté, oubliés de la République lorsqu’il faut reconnaître et assumer le prix du sang.

La France ne peut décemment se cacher derrière l’ignorance pour voiler les oublis de son histoire. Il est enfin temps de regarder notre passé en face : le pays de la déclaration des droits de l’homme a plus que tout autre le devoir d’équité et de justice. Car c’est de justice qu’il s’agit. Depuis cinquante ans les anciens combattants «indigènes» sont soumis à un régime discriminatoire quant à leurs pensions : quand un ancien combattant français perçoit environ 600 €, un ancien combattant sénégalais touche 159 €. Le sang versé pour la patrie d’alors vaudrait-il plus cher selon que l’on est aujourd’hui français, marocain ou sénégalais ?

Cette situation inique s’accompagne d’un système tout aussi pervers qui conduit à des drames humains intolérables. Faute de pension militaire décente, des milliers de personnes âgées ont émigré au début des années 1990 pour bénéficier de minima sociaux auxquels ils pouvaient prétendre dans la mesure où la loi Pasqua leur donnait droit à une carte de séjour en tant qu’anciens combattants. C’est pour pouvoir faire vivre leurs familles que paradoxalement ils les ont quittées et se sont retrouvés en France sans accueil adapté, isolés, clochardisés, et ignorés de tous. Ils mènent leur dernier combat pour que la République leur reconnaisse les mêmes droits que leurs compagnons d’armes français.
Le film Indigènes a contribué à faire bouger les lignes. Depuis 2007, les retraites du combattant et les pensions militaires d’invalidité, dites «prestations du feu» ont été revalorisées mettant enfin à égalité les anciens combattants quelle que soit leur nationalité. Mais cette victoire est amère car elle permet à l’Etat d’occulter les plus grandes injustices qui persistent pour les anciens militaires ayant servi plusieurs années dans l’armée française : leurs pensions varient de 1 à 8 selon qu’ils sont français, tunisiens, camerounais ou cambodgiens. La coordination décristallisation (collectif bordelais d’associatifs et de bénévoles soutenus par la région Aquitaine) a ainsi focalisé sa bataille juridique sur ce thème et a obtenu le 15 octobre 2008 une décision historique du tribunal administratif de Bordeaux qui donnait un avis favorable à la revalorisation des pensions militaires de six anciens combattants marocains.

Cette décision, qui fait jurisprudence, reste insatisfaisante dans la mesure où la décision est juridique et non politique et où elle est fondée sur un accord international signé avec le Maroc. Un ancien combattant sénégalais a ainsi été débouté alors qu’il présentait la même demande. L’attitude de la République à l’égard de ceux qui se sont battus pour elle n’est pas digne des valeurs qu’elle prétend porter.

Nous demandons instamment au gouvernement de généraliser la décristallisation des pensions militaires de retraites, et de permettre aux anciens combattants de les percevoir quel que soit leur lieu de résidence. Une proposition de loi a été déposée. Elle doit pouvoir rassembler au-delà des clivages politiques dans la mesure où c’est l’honneur de la Nation qui est en cause. Il ne s’agit pas seulement de reconnaître ces hommes qui ont servi la France. Il s’agit d’assumer l’Histoire et de réparer une injustice qui dure depuis cinquante ans.

Alain Rousset, député de la Gironde et président du conseil régional d’Aquitaine ; Stéphane Hessel, ambassadeur de France et corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme ; Lilian Thuram, ancien footballeur professionnel ; Naïma Charaï, conseillère régionale et présidente des «Oubliés de la République» ; Pascal Blanchard, historien, professeur associé au CNRS ; Christelle Jouteau, avocate et membre du collectif Coordination décristallisation. Rassemblement le vendredi 8 mai à 16 heures, sur le parvis des Droits-de-l’homme, au Trocadéro, à Paris.

11
avr
09

Libération de Paris. On revient de loin

FrankreichSur son blog, Théo signale sous le titre «Une ingratitude héréditaire», un article de Afrik.com qui relaie une information de la BBC concernant la Libération de Paris. Titre de l’article de Afrik.com «Libération de Paris : les Alliés ont écarté les soldats noirs sur requête de De Gaulle».

En attendant l’écho de cette information — sera-t-elle répercutée ? Sera-telle étouffée ? Elle finira de toute façon par percer — l’article permet de mesurer combien on revient de loin, et combien la victoire de 1945 a eu, a, et aura des effets imprévus. Des effets dévoilant le cœur du sens de cette victoire : l’abattement du racisme, du racisme nazi sous sa forme antisémite en premier lieu, comme expression du racisme nazi en général.

C’est ce cœur de la victoire des Alliés qui se dévoile de jour en jour. Une victoire des troupes alliées parmi lesquelles, dans les troupes françaises, étaient une majorité d’Africains — à l’instar des troupes américaines concernant les Afro-descendants, plus peut-être que dans les troupes américaines. Globalement 60 % pour les troupes françaises selon la BBC.

On sait par ailleurs que ce qui glace désormais au cœur du conflit mondial : le génocide perpétré par les nazis principalement contre les juifs — on sait que cela n’a été perçu qu’avec quelque vingt ans de recul. Les premières années passaient ce cœur du second conflit mondial au second plan !

On percevait d’abord des victoires nationales, celles des nations alliées, contre l’Allemagne nazie.

Il apparaît de plus en plus clairement que le racisme abattu était largement partagé, plus que par la seule Allemagne vaincue ! — ce racisme dont la pointe d’émergence en Europe était l’antisémitisme. Pointe d’émergence d’un racisme qui plongeait ses racines au-delà, dans tous les continents conquis…

L’information de la BBC confirme à nouveau — si besoin était — la justesse d’analyse d’Aimé Césaire concernant «le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent» dû aux exactions coloniales qui débouchent sur ce «formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets. On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens.» (Discours sur le colonialisme).

Fanon aussi avertissait, par son fameux : «quand vous entendrez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle de vous»

C’est cela qui deviendra de plus en plus criant — la victoire des Alliés, est, en grande partie à leur insu, d’abord la victoire sur les théories des races qu’ils n’ont pas manqué de partager aussi !

C’est cela qui est au cœur des commémorations anniversaires de la Libération !

06
avr
09

Rwanda, la question qui taraude

*

Écoutant France-Culture sur le Rwanda

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Un nouveau livre de

Patrick de St Exupéry,
Complices de l’inavouable
Éditions des Arènes – 2 avril 2009
http://www.arenes.fr/spip.php?article1404

4e de couverture :

“Je suis allé pour la première fois au Rwanda en 1990. J’avais 28 ans. François Mitterrand était à l’Élysée, Michel Rocard à Matignon.
J’y suis retourné en 1993, puis en 1994 pendant le génocide. J’avais 31 ans. François Mitterrand était à l’Élysée, Édouard Balladur à Matignon.
En 1998, j’ai publié dans “Le Figaro” une longue enquête sur la France et le Rwanda. J’avais 35 ans. Jacques Chirac était à l’Élysée, Lionel Jospin à Matignon.
En 2004, j’ai écrit “L’Inavouable”, La France au Rwanda. J’avais 41 ans. Jacques Chirac était à l’Élysée, Jean-Pierre Raffarin à Matignon.
Nous sommes en 2009. J’ai 46 ans. Nicolas Sarkozy est à l’Élysée, François Fillon à Matignon.
Et le dossier rwandais, toujours sur la table.
Son intitulé tient en un mot : complicité. Ce mot est terrible. Chaque fois qu’il l’entend, Hubert Védrine dit : « C’est monstrueux… ». Et, immanquablement, l’ancien secrétaire général de l’Élysée sous Mitterrand assène qu’il est « monstrueux » d’accuser la France de complicité dans le dernier génocide du XXe siècle.
Si la question était « La France, complice ? », Hubert Védrine n’aurait pas tort. Mais ce n’est pas la question. Celle-ci est bien plus simple. Et c’est pour cela qu’elle l’effraye et qu’il fait tout pour l’enterrer.
La question est : François Mitterrand, complice ? Et par voie de conséquence : Hubert Védrine, complice ? Le commandant Paul Barril, complice ? Alain Juppé, complice ? Dominique de Villepin, complice ? Édouard Balladur, complice ? Le général Quesnot, complice ? Le général Huchon, complice ? L’amiral Lanxade, complice ?…
On ne fait jamais assez attention aux évidences. Il en est, pourtant, une aveuglante : « la France » n’a pas à endosser ce dossier. C’est une politique secrète qui fut menée par Paris au Rwanda de 1990 à 1994. Elle fut décidée par quelques-uns et mise en oeuvre par un noyau, le tout au prix d’importantes entorses à la légalité républicaine. Jamais, le Parlement ne fut informé. Jamais, « la France » ne fut au courant.
Cette politique a été tramée dans les coulisses du pouvoir, dans les officines de la cour. Hors de toute règle. Hors de tout débat.
Elle ne fut mise à jour qu’une fois le pire commis. Et dès lors, pour fuir les responsabilités, « la France » servit de paravent.
Tout comme les maîtres d’œuvre du génocide s’abritèrent derrière leur peuple, les responsables français impliqués dans le dossier se sont retranchés derrière la France.
Ce tragique cache-cache dure depuis maintenant quinze ans. Depuis quinze ans, « la France », c’est-à-dire vous et moi, nous trouvons sommés d’accepter ou de refuser la marque
d’infamie que certains voudraient nous faire porter.
En 2004, lors de la publication de “L’Inavouable”, j’étais en colère. Je le reste aujourd’hui et le resterai peut-être. Simple Français, je ne peux accepter – comme beaucoup, je pense – de servir de paravent à des hommes qui, après avoir aspiré aux charges, esquivent les responsabilités. Et refusent d’admettre, en propre, leur part d’inavouable.
P. de Saint-Exupéry”

*

Et une nouvelle édition du livre de

Dominique Franche,
Généalogie du génocide rwandais

Éditions Tribord – coll. Flibuste – 2004

http://www.amazon.fr/G%C3%A9n%C3%A9alogie-g%C3%A9nocide-rwandais-Dominique-Franche/dp/2930390026

Présentation de l’éditeur :

“En choisissant dans ce livre de s’écarter du débat sur les responsabilités des uns et des autres, l’auteur a préféré donner un éclairage historique sur les origines du racisme dans ce pays. Cet ouvrage fut publié chez Mille et une Nuits sous le titre : Rwanda : Généalogie d’un génocide. Il fut alors salué unanimement pour l’intelligence du propos. Pour le dixième anniversaire du génocide, Dominique Franche a remanié profondément son texte en envisageant quelques aspects inédits.”

23
mar
09

Le discours de Dakar

de Aimé Césaire :

FONCTION ET SIGNIFICATION DE L’ART DANS LE MONDE MODERNE (1966)

Le discours audio ici :

Le thème de ce colloque est ainsi formulé :
«fonction et signification de l’art négro-africain dans la vie du peuple et par le peuple».
Je crois que pour répondre à cette question particulière, le plus simple est de poser d’abord une question plus générale et de tâcher d’y répondre, et cette question serait celle-ci : « fonction et signification de l’art dans le monde moderne ».
Autrement dit, avant de parler de l’art africain et de sa signification pour l’Afrique moderne, le mieux m’apparaît de parler de l’art tout court et de sa fonction dans le monde tout court.
Pourquoi, dans le monde comme il va, il est apparu essentiel aux organisateurs de ce colloque, pourquoi il nous apparaît comme essentiel à nous autres hommes de culture, de valoriser la fonction art ?
Car enfin, l’art n’est pas toute la culture, l’art n’est qu’un aspect de la culture. Alors pourquoi privilégier cet aspect au détriment des autres aspects de la culture ? Eh bien, je répondrai que c’est un signe des temps et que si nous avons, d’un propos délibéré, choisi de privilégier l’art, c’est que nous estimons que jamais comme aujourd’hui le monde n’a eu autant besoin de l’art.

Qu’on le veuille ou non, il y a, à l’heure actuelle, une civilisation éminente et tentaculaire.
C’est la civilisation européo-américaine, la civilisation industrielle qui couvre le monde de son réseau, et atteint désormais — car il est clair que maintenant, nous sommes entrés dans l’ère du monde fini — les points les plus reculés du globe.
Il est inutile de rappeler les mérites de cette civilisation européenne. Ils sont nombreux et éclatants. Mais pour comprendre le rôle de l’art, notre besoin d’art et de poésie, c’est plutôt son côté négatif qu’il faut souligner.
L’homme de la civilisation européenne est un homme qui a mis au point un système de pensée qui lui a permis de vaincre et de dominer la nature.
Mais il est arrivé à notre conquérant une singulière mésaventure : il a fini par être vaincu par sa propre puissance : il est devenu le prisonnier des objectivations de son propre esprit, il est devenu le prisonnier et la victime des concepts et des catégories qu’il avait inventés pour appréhender le monde. Mieux, avec la pensée européenne moderne (je dis bien moderne, car l’Europe n’a pas toujours été ce qu’elle est, ce que nous voyons qu’elle est), avec la pensée européenne moderne, classique, est né un processus nouveau, celui que certains penseurs ont appelé un processus de réification, c’est-à-dire de chosification du monde.
De quoi s’agit-il ? Il s’agit de la substitution à la totalité dialectique qu’est le monde, de la substitution au monde concret et hétérogène, donc riche et varié, d’une véritable algèbre d’abstractions homogénéisées qui représentent un abrégé du monde, un abrégé commode sans doute, mais enfin un appauvrissement et un succédané du monde.
Les conséquences, vous les connaissez, c’est l’apparition du monde mécanisé, du monde de l’efficience sans doute, mais aussi du monde où l’homme devient chose lui-même, du monde où le temps n’est plus le temps, mais une manière d’espace, rempli de choses quantitativement mesurables — ce qui permet de dire que « le temps c’est de l’argent ». Bref, nous sommes en face d’une dévalorisation progressive du monde qui débouche très naturellement sur l’apparition d’un univers inhumain sur la trajectoire duquel se trouvent le mépris, la haine, la guerre, l’exploitation de l’homme par l’homme.
Eh bien c’est cela, c’est cette invasion du monde et de l’homme par les choses, c’est ce processus de réification du monde, installé par la culture européenne dans la société qui explique que le besoin d’art et de poésie soit aujourd’hui un besoin véritablement vital.
Comme l’homme a besoin d’oxygène pour survivre, il a besoin d’art et de poésie. Il sait, qu’en effet, au contraire de la pensée conceptuelle, au contraire de l’idéologie, l’art et la poésie rétablissent la dialectique de l’homme et du monde.
Par l’art, le monde réifié redevient le monde humain, le monde des réalités vivantes, le monde de la communication et de la participation.
D’une collection de choses la poésie et l’art refont le monde, un monde plein, un monde total et harmonieux. Et, c’est pourquoi la poésie est jeunesse, elle est cette force qui redonne au monde sa vitalité première, qui redonne à chaque chose son aura de merveilleux en la replaçant dans la totalité originelle.
Si bien que sauver la poésie, sauver l’art, c’est en définitive sauver l’homme moderne en repersonnalisant l’homme et en revitalisant la nature.
Si on avait besoin d’une preuve, je dirais qu’il n’est que de constater que jamais, le besoin poétique ne se fait autant sentir, que jamais l’homme ne s’accorde, ne s’accroche à la poésie de manière si désespérée, comme à une dernière planche de salut, qu’au sortir de ces époques pleines de bruit et de fureur qui s’appellent la guerre, que cette guerre soit la guerre chaude ou que cette guerre soit la guerre froide, précisément au sortir de ces époques où la non-communication et la chosification se sont exacerbées à un degré proprement intolérable. Et ici, je pense au surréalisme européen qui a suivi la fin de la première guerre mondiale, et puisque je parle au nom des poètes d’Afrique, et des poètes d’Afrique francophone, permettez-moi de donner aussi l’exemple du mouvement poétique dit de la négritude.
Mes chers amis, je dois vous dire tout de suite qu’aucun mot ne m’irrite davantage que le mot négritude — je n’aime pas du tout ce mot-là, mais puisqu’on l’a employé et puisqu’on l’a tellement attaqué, je crois vraiment que ce serait manquer de courage que d’avoir l’air d’abandonner cette notion. Je n’aime pas du tout le mot négritude et je dois vous dire que cela m’irrite toujours, lorsque, chaque fois, dans toutes les conférences internationales où il y a anglophones et francophones, on introduit toujours cette notion qui m’apparaît comme une notion de division.
La négritude est ce qu’elle est, elle a ses qualités, elle a ses défauts, mais au moment où on la vilipende, où on la dénature, je voudrais quand même que l’on fasse réflexion sur ce qu’était la situation des nègres, la situation du monde nègre au moment où cette notion est née, au moment où elle est née comme spontanément, tellement il me semble que cette notion répondait à un besoin. Bien sûr, à l’heure actuelle, les jeunes peuvent faire autre chose, mais croyez-moi, ils ne pourraient pas faire autre chose à l’heure actuelle si, à un certain moment, entre 1930 et 1940, il n’y avait pas eu des hommes qui avaient pris le risque de mettre sur pied ce mouvement dit de la négritude.
Ce mouvement de la négritude tellement attaqué et tellement défiguré, il ne faut pas oublier le rôle qu’il a joué dans l’éveil du monde nègre, dans l’éveil de l’Afrique. Quand je lis une phrase comme celle de Saint-John Perse, la phrase qu’il a prononcée lorsqu’il a reçu le Prix Nobel, quand il écrit ceci :
« quand la mythologie s’effondre, c’est dans la poésie que trouve refuge le divin. Peut-être même son relais et jusque dans l’ordre social et l’immédiat humain, quand les porteuses de pain de l’antique cortège cèdent le pas aux porteuses de flambeaux, c’est à l’imagination poétique que s’allume encore la haute passion des peuples en quête de clarté ».
Eh bien, si la négritude a un mérite, c’est que précisément dans les temps de l’abomination et de la nuit, ces poètes de la négritude ont été quand même, malgré leurs défauts, des porteurs de clarté.
Cette notion de la négritude, on s’est demandé si ce n’était pas un racisme. Je crois que les textes sont là. Il suffit de les lire et n’importe quel lecteur de bonne foi s’apercevra que si la négritude est enracinement, enracinement dans le particulier, la négritude est également dépassement et que la négritude est épanouissement dans l’universel.
Pour en revenir à mon propos, je dirai, à propos de la négritude dans la perspective de la réification, que le racisme et le colonialisme avaient tendu à transformer le nègre en chose. L’homme noir n’était plus appréhendé par l’homme blanc qu’à travers le prisme déformant des stéréotypes, car c’est toujours de stéréotypes que vivent les préjugés. Et c’est cela le racisme.
Le racisme c’est la non-communication. C’est la chosification de l’autre, du nègre ou du juif ; c’est la substitution à l’autre, de la caricature de l’autre, d’une caricature à laquelle on donne valeur d’absolu. L’apparition de la littérature de la négritude et de la poésie de la négritude n’ont produit un tel choc que parce qu’elles ont dérangé l’image que l’homme blanc se faisait de l’homme noir, qu’elles ont marqué l’entrée de l’homme noir, avec son passé, avec son présent, avec ses qualités, avec ses défauts, donc avec sa charge d’homme ; son entrée dans le monde des abstractions et des stéréotypes que l’homme blanc s’était jusque là fabriqué à son sujet de manière unilatérale.
Et c’est bien cela, je crois, le service que la négritude a rendu au monde. C’était par là, contribuer à l’édification d’un véritable humanisme, d’un humanisme universel, car enfin, il n’y a pas d’humanisme s’il n’est pas universel, et il n’y a pas d’humanisme sans dialogue, et il ne peut y avoir de dialogue entre un homme et une caricature.
Eh bien, en ressituant l’homme noir dans sa stature humaine, dans sa dimension humaine, pour la première fois, la littérature de la négritude a rétabli les possibilités de dialogue entre l’homme blanc et l’homme noir et ce n’est pas un de ses moindres mérites.
Il est très vrai que la littérature de la négritude a été une littérature de combat, une littérature de choc, et c’est là son honneur ; une machine de guerre contre le colonialisme et le racisme, et c’est là sa justification. Mais ce n’est là qu’un aspect de la négritude, son aspect négatif. Si nous avons tellement haï le colonialisme, si nous l’avons tellement combattu, c’est sans doute parce que nous avions conscience qu’il nous mutilait, qu’il nous humiliait, qu’il nous séparait de nous-mêmes et que cette séparation nous était intolérable ; mais c’est aussi parce que nous savions qu’elle nous séparait du monde, qu’elle nous séparait de l’homme, de tous les hommes, y compris de l’homme blanc, bref qu’il nous séparait de notre frère. Autrement dit, le poète de la négritude ne hait tellement le racisme et le colonialisme que parce qu’il a le sentiment que ce sont là des barrières qui empêchent la communication de s’établir.
Bref, si j’avais à définir l’attitude du poète de la négritude, la poésie de la négritude, je ne me laisserais pas désorienter par ses cris, ses revendications, ses malédictions. Ses cris, ses revendications, je ne les définirais que comme une postulation, irritée sans doute, une postulation impatiente, mais en tout cas, une postulation de la fraternité.
Et j’en arrive à l’objet même de ce colloque, le sens et la signification de l’art dans l’Afrique d’aujourd’hui.
On peut l’affirmer sans crainte, jamais l’Afrique n’a eu autant besoin de l’art. Jamais elle n’a eu autant besoin de son art, de son propre art.
Cela est vrai bien sûr pour les raisons générales que j’évoquais tout à l’heure et qui sont valables pour le monde entier. Mais il s’ajoute à cela des raisons qui sont particulières à l’Afrique.
Quel est le grand phénomène des temps modernes ? C’est que l’Afrique est entrée définitivement et tout entière dans l’aura et la mouvance de la civilisation européenne. Il suffit de dire cela pour que l’on comprenne à quel point l’Afrique est menacée. Menacée à cause de l’impact de la civilisation industrielle. Menacée par le dynamisme interne de l’Europe et de l’Amérique. Menacée comme elle ne le fut jamais, et cela dans son être-même et dans son intégrité.
On me dira : pourquoi parler de menace, puisqu’il n’y a pas de présence européenne en Afrique, puisque le colonialisme a disparu et que l’Afrique est indépendante ?
Malheureusement, l’Afrique ne s’en tirera pas à si bon compte. Bien sûr, la colonisation, le colonialisme offraient le cadre rêvé pour que cet impact puisse agir dans les conditions d’efficacité optima.
Mais ce n’est pas parce que le colonialisme a disparu que le danger de désintégration de la culture africaine a disparu. Le danger est là et tout y concourt, avec ou sans les Européens : le développement économique, la modernisation, le développement politique, la scolarisation plus poussée, l’enseignement, l’urbanisation, l’insertion du monde africain dans le réseau des relations mondiales, et j’en passe.
Bref, au moment où l’Afrique naît véritablement au monde, elle risque comme jamais de mourir à elle-même, cela ne signifie pas qu’il ne faut pas naître au monde. Cela signifie qu’il faut s’ouvrir au monde, avec les yeux grands ouverts sur le péril et qu’en tout cas, le bouclier de l’indépendance politique, d’une indépendance qui ne serait que politique, d’une indépendance politique qui ne serait pas assortie et complétée par une indépendance culturelle, serait en définitive le plus illusoire des boucliers et la plus fallacieuse des garanties.
L’histoire est toujours dangereuse. Le monde de l’histoire, c’est le monde du risque, mais c’est à nous qu’il appartient à chaque moment d’établir et de réajuster la hiérarchie des périls. Je dis qu’à l’heure actuelle, le péril pour l’Afrique, ce n’est pas le refus du monde extérieur, ce n’est pas le refus d’ouverture, ce n’est pas le chauvinisme, ce n’est pas le racisme noir, ce n’est pas le refus d’ouverture, ce serait bien au contraire l’oubli d’elle-même, c’est l’acculturation et la dépersonnalisation.
Pour en revenir à mon propos du début, je dirai que le danger pour l’Afrique, c’est d’entrer à son tour dans le monde de la réification. Et cette fois, la réification ne jouera pas dans les relations avec l’autre. Dans le cas de l’Afrique, et c’est le comble du drame, la réification jouera dans les relations entre l’Afrique et elle-même. Si l’on n’y prend garde, l’Afrique risque de ne plus se voir que par les yeux des autres et de jeter sur elle-même un regard pétrifiant.
Je ne voudrais pas que l’on croie à une vue arbitraire. Je n’en veux pour preuve que la discussion qui s’est instaurée hier à la Commission des arts entre les éminents spécialistes venus d’Europe et d’Amérique : M. Goldwater, M. Laude, Michel Leiris.
Au cours de ces discussions, M. Goldwater, parlant de l’influence de l’art africain sur l’art occidental, nous a dit qu’en réalité, le mot d’influence était impropre, qu’il n’y a pas eu d’influence à proprement parler, de l’art nègre sur les artistes européens, et qu’il serait plus juste de dire qu’à un moment donné de l’histoire de l’art occidental, l’art africain, rencontré par hasard, a servi de catalyseur à l’art occidental.
Et cela est vrai. M. Laude a précisé, et il a montré en particulier que Picasso ne s’est servi de l’art nègre que pour résoudre ses problèmes à lui, Picasso, et que si Picasso a contesté l’art occidental, c’est à l’intérieur et non en dehors de l’art occidental. La question que je pose est celle-ci : est-ce que cela est vrai pour la majorité des artistes africains contemporains ?
Quand, éduqués par l’Europe et formés dans les écoles européennes, ils contestent, et c’est leur droit, quand ils contestent l’art africain traditionnel, le contestent-ils à l’intérieur de l’africanité ou en dehors de l’africanité ? La réponse est malheureusement négative et M. Fagg a raison de dire que si l’art africain traditionnel a fini, a cessé d’être à l’heure actuelle le catalyseur de l’art occidental, il n’a pas encore commencé à être le catalyseur de l’art africain contemporain.
Voilà, n’est-il pas vrai, une remarque qui va loin et qui est significative des dangers que court à l’heure actuelle, l’homme d’Afrique, la culture de l’Afrique, l’art africain. M. Bastide l’a dit : ne viendra-t-il pas un moment où il n’y aura plus d’art africain et où il n’y aura plus qu’un art semblable à tous les autres arts du monde, avec cette seule différence — mais absolument secondaire, insignifiante, négligeable —, avec cette seule différence qu’il aura été fait par des Africains et non par des Européens ou par des Américains.
Nul d’entre nous, bien sûr, ici, n’est dans les secrets de l’histoire, et nul ne peut donner de réponse à l’interrogation angoissée de M. Bastide.
Tout ce que nous pouvons dire, nous, hommes d’Afrique, nous, hommes de ce colloque, nous, hommes de culture, est que nous ne considérons pas comme souhaitable et comme un idéal à rechercher, la substitution à l’art africain d’un art, les uns, diront, laudativement, universel, les autres diront, péjorativement, cosmopolite, en tout cas non spécifique, fait par les Africains.
Ici, j’entends l’objection d’André Malraux, qui nous dira et nous a dit : mille regrets, les souhaits et les vœux ne comptent pas en histoire. Il y a une évolution, une évolution qui est nécessaire. Je cite. « On nous a dit : essayons de retrouver l’âme africaine qui conçut les masques ; à travers elle, nous atteindrons le peuple africain. Je n’en crois rien. » C’est André Malraux qui parle. « Ce qui a fait jadis les masques, comme ce qui a fait jadis les cathédrales, est à jamais perdu. »
Mais on peut répondre à André Malraux ceci : que le problème est mal posé et qu’il ne s’agit pas de refaire les masques, pas plus que pour l’Europe, il ne peut s’agir d’essayer de refaire les cathédrales.
Mais alors, me dira-t-on, que faut-il faire pour assurer à l’art africain — et non pas à l’art des Africains — une survie et une vitalité nouvelle dans le monde moderne pour lequel il n’a pas été fait et dont tous les éléments conspirent à sa disparition ?
C’est là pour nous une question fondamentale, une question essentielle. Cette survie et cette vitalité nouvelles sont-elles possibles ou sont-elles encore seulement envisageables ?
A cet égard, je suis, tout comme M. Bastide, beaucoup moins pessimiste qu’André Malraux. Plus exactement, je ne dirai pas que je suis optimiste, mais je dirai que la partie n’est pas jouée et qu’il dépend de nous, de nous tous, qu’elle soit gagnée.
Je crois que, lorsqu’on parle de chances de survie de l’art africain, l’erreur est de poser le problème en termes d’art.
Ce n’est pas en termes d’art, c’est en termes humains qu’il faut poser le problème de l’art africain et c’est la considération même des caractères spécifiques de l’art africain qui nous mène à adopter cette optique.
En effet, dans l’art africain, ce qui compte, ce n’est pas l’art, c’est d’abord l’artiste, donc l’homme.
En Afrique, l’art n’a jamais été savoir-faire technique, car il n’a jamais été copie du réel, copie de l’objet ou copie de ce qu’il est convenu d’appeler le réel. Cela est vrai pour l’art européen moderne, mais cela a toujours été vrai pour l’art africain. Dans le cas africain, il s’agit pour l’humain de recomposer la nature selon un rythme profondément senti et vécu, pour lui imposer une valeur et une signification, pour animer l’objet, le vivifier et en faire symbole et métalangage.
Autrement dit, l’art africain est d’abord dans le cœur et dans la tête et dans le ventre, et dans le pouls de l’artiste africain. L’art africain n’est pas manière de faire, c’est d’abord une manière d’être, une manière de plus-être, comme dirait le teilhardien Léopold Sédar Senghor.
Si cela est vrai, on comprend le double échec auquel nous assistons souvent : l’échec des artistes africains qui s’évertuent à copier des œuvres européennes ou à appliquer des canons européens. Mais aussi, l’échec esthétique des artistes africains qui se mettent à copier du nègre en répétant mécaniquement des motifs ancestraux. Comme ces nègres boches dont nous a parlé hier M. Bastide et qui, pendant un certain temps, pendant une certaine période de l’histoire, ont recopié, reproduit mécaniquement les modèles légués par leurs ancêtres Achantis.
Il est clair que ces tentatives ne peuvent qu’échouer, car elles sont précisément à contresens de l’art africain.
L’art africain n’est pas copie. Il n’est jamais copie, fût-ce de soi- même, il n’est jamais reproduction, répétition, reduplication, mais au contraire inspiration, c’est-à-dire agression de l’objet, investissement de l’objet par l’homme, qui a assez de force intérieure pour le transformer en une forme de totale communication — et non pas cette forme de communication appauvrie que constitue le langage.
L’art africain, comme tout grand art me dira-t-on, mais en tout cas plus que tout autre, et depuis plus longtemps si ce n’est depuis toujours, est d’abord dans l’homme, dans l’émotion de l’homme, transmise aux choses par l’homme et par sa saccade.
C’est la raison pour laquelle ou ne peut séparer le problème du sort de l’art africain du problème du sort de l’homme africain, c’est-à-dire en définitive du sort de l’Afrique elle-même.
L’art africain de demain vaudra en définitive ce que vaudra l’Afrique de demain et l’Africain de demain. Si l’homme africain s’appauvrit, s’il s’étiole, s’il se coupe de ses racines, s’il se prive de ses sucs nourriciers, s’il se coupe de ses réserves millénaires, s’il se déleste de son passé, s’il devient le voyageur sans bagage, s’il se déleste de son passé pour entrer plus allègrement dans l’ère de la civilisation de masse, s’il se débarrasse de ses légendes, de sa sagesse, de sa culture propre, ou bien tout simplement, s’il considère qu’il n’a plus aucun message à délivrer au monde, s’il a perdu son assurance historique ou s’il ne la retrouve pas, rien n’y fera malgré les festivals, malgré les encouragements officiels, malgré l’Unesco, malgré tous les prix, c’est très simple, l’art africain s’étiolera, s’appauvrira et disparaîtra.
Si, au contraire, l’homme africain conserve et préserve sa vitalité, son assurance, sa générosité, son humour, son rire, sa danse, s’il se campe fièrement sur sa terre non pas pour s’isoler ou pour bouder, mais au contraire pour accueillir le monde, alors l’art africain continuera. Bien sûr, il aura évolué et tant mieux. Il se sera transformé, mais c’est tant mieux, il se sera transformé comme se transforme d’époque en époque le contenu des rêves et de l’imagination de l’humanité.
Mais cette évolution même et cette mutation seront le signe que l’art africain sera vivant et bien vivant. Aussi bien est-ce en nos mains, en nos mains à tous et non pas seulement entre les mains des hommes de culture, car la séparation est absolument artificielle, c’est entre nos mains à tous que se trouve l’avenir de l’art africain.
C’est pourquoi aux hommes d’États africains qui nous disent : messieurs les artistes africains, travaillez à sauver l’art africain, nous répondons : hommes d’Afrique et vous d’abord, politiques africains, parce que c’est vous qui êtes les plus responsables, faites-nous de la bonne politique africaine, faites-nous une bonne Afrique, faites-nous une Afrique où il y a encore des raisons d’espérer, des moyens de s’accomplir, des raisons d’être fiers, refaites à l’Afrique une dignité et une santé, et l’art africain sera sauvé.
Aimé Césaire

18
mar
09

Madagascar. UA : « ce pourrait être considéré comme un coup d’État »

Selon Reuters (dépêche datée d’hier mardi 17 mars) :

Madagascar: l’UA adjure l’armée de ne pas porter Rajoelina au pouvoir

mardi 17 mars 2009 par Reuters (http://news.abidjan.net/h/323736.html) :

L’Union africaine a adjuré l’armée malgache, à laquelle le président Marc Ravalomanana a remis mardi ses pouvoirs, de ne pas transférer ceux-ci à l’opposition conduite par le jeune maire d’Antananarivo Andry Rajoelina.
Si les militaires remettent le pouvoir au maire, ce ne sera pas constitutionnel“, a déclaré le Gabonais Jean Ping, président de la commission de l’UA, en estimant que ce pourrait alors être considéré comme un coup d’État.
L’Union africaine a décidé il y a quelques années de suspendre à l’avenir les dirigeants de ses pays membres issus de coups d’Etat. L’Union européenne a pour sa part menacé de couper son aide à tout régime malgache parvenu par la force au pouvoir.
Ping a jugé que la situation restait confuse à Antananarivo, où Ravalomanana a jeté l’éponge après deux mois de bras de fer avec l’opposition en remettant ses pouvoirs au vice-amiral Hyppolite Ramaroson, l’officier “le plus ancien dans le grade le plus élevé” au sein de l’armée.
Celle-ci a basculé ce week-end dans le camp de l’opposition et son chef d’état-major, le colonel Andre Ndriarijaona, a confié mardi à Reuters qu’il était favorable à ce que Rajoelina dirige le pays et qu’un pouvoir dirigé par le vice-amiral mènerait “à une autre crise”.
Mais celui-ci est âgé de 34 ans et la constitution actuelle prévoit que le président doit avoir 40 ans au minimum. Peu après que Ravalomanana eut jeté l’éponge, l’entourage de Rajoelina a présenté celui-ci comme le “leader d’une autorité de transition” et promis une nouvelle constitution et des élections présidentielles avant un an.
Version française Marc Delteil

Depuis les militaires ont remis le pouvoir au maire…

Parmi les réactions :

- capture d’image sur Abidjan.net (18 mars) -

Et aussi :

http://pian.ivoire-blog.com/archive/2009/03/18/ravalomanana-comment-perdre-le-pouvoir-en-4-etapes.html

17
mar
09

Madagascar. Désespérant

Voilà un président élu aux prises avec son “opposition”, à en croire les médias français unanimes.

“Opposition”, certes, c’est le moins qu’on puisse dire ! Mais qui a quelle autre légitimité démocratique que celle de tous les putschistes ? C’est-à-dire : aucune !

Et nos médias unanimes qui renvoient tout le monde dos-à-dos, au prétexte d’une gouvernance en question, avec au cœur de cela la fermeture de la radio privée du maire à présent autoproclamé Président, qui faisait de ladite radio son instrument pour son putsch.

À transférer en France : le maire de Paris, bientôt rejoint par l’armée, renverse le Président de la République au prétexte que la gestion des biens de l’État semble lui bénéficier parfois et au prétexte que ses rapports avec telle radio ou télé posent question…

Sans élection aucune, ledit maire se proclame “Président”, et les médias étrangers et amis l’appellent “opposition” – sans jamais évoquer l’idée qu’il pourrait s’agir d’un putsch !

Et nul ne s’étonne !

Ah si, on s’étonne quand même aux liens suivants, de ce qui pose les questions que l’on peut lire ici :

http://pian.ivoire-blog.com/archive/2009/02/09/pleure-tana.html

http://pian.ivoire-blog.com/archive/2009/03/10/madagascar-le-dj-prend-le-maquis-la-france-se-devoile-l-onu.html

http://chroniquesenegalaises.ivoire-blog.com/archive/2009/03/16/une-diplomatie-d-inspiration-fasciste.html

http://kouamouo.ivoire-blog.com/archive/2009/03/17/ravalomanana-s-en-va-victoire-du-chantage-militaire.html

Et on se demandera sans doute, par la suite, pourquoi l’Afrique tourne en rond ! Quel avenir démocratique dans un tel contexte ?

Impression pour laquelle je ne vois que cette question : peut-on désormais distinguer sa droite de sa gauche ?  Une illustration : “swimming in a fish bowl”…

Ou alors, qu’on m’explique !

So, so you think you can tell Heaven from Hell,
blue skies from pain.
Can you tell a green field from a cold steel rail?
A smile from a veil?
aquariumDo you think you can tell?
And did they get you to trade your heroes for ghosts?
Hot ashes for trees?
Hot air for a cool breeze?
Cold comfort for change?
And did you exchange a walk on part in the war for a lead role in a cage?
How I wish, how I wish you were here.
We’re just two lost souls swimming in a fish bowl, year after year,
Running over the same old ground.
What have you found? The same old fears.
Wish you were here.




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Etc.

  • 36,528

Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)