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Suite à un communiqué du ministère français de la Défense, mardi 30 novembre 2004 nouvelobs.com annonce :
« Le ministère français de la Défense a estimé mardi après-midi à “une vingtaine” le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française » !
À ce point, la crise ivoirienne s’avère être crise franco-ivoirienne. Un tournant a eu lieu, consécutif au tournant précédent, de 2003, à Marcoussis.
Mais l’histoire de la “crise ivoirienne” remonte plus haut : au coup d’État de Noël 1999 et aux événements qui y ont conduit, avec un tournant en août 1999…
En août 1999, Alassane Ouattara, ancien Premier ministre d’Houphouët-Boigny, annonce sa candidature à l’élection présidentielle prévue pour octobre 2000, provoquant une série de démissions dans son parti, le RDR : le code électoral contient une clause – sans doute ad hominem – qui le rend inéligible à la Présidence pour raisons de nationalité (Gbagbo, alors député, avait voté contre cette clause).
Parmi les démissionnaires, Jacqueline Oblé, des instances dirigeantes du RDR, explique – en substance – : les conditions de nationalité prévues ne me plaisent pas, mais il vaut mieux attendre une modification de la loi. On sait que Ouattara a passé outre…
Bédié, Président de la République ivoirienne d’alors, se tient à cette inéligibilité.
Et le gotha français politico-médiatique et françafricain prend position pour Ouattara en des termes qui seraient inconcevables s’il s’agissait d’un pays souverain qui n’était pas une ex-colonie. Ce que note fort justement Bernard Debré dans un article du Figaro.
C’est cette levée de boucliers d’une France vertueusement indignée, qui dénonce l’”ivoirité”, la “xénophobie” d’une Côte d’Ivoire qui aurait à lui en apprendre en matière d’hospitalité et d’accueil des étrangers, qui m’a mis la puce à l’oreille.
On est tout de même alors en plein top du “lepenisme”, la “lepenisation” des esprits bat son plein ! Cela ressemble fort à une mise en bouc émissaire de la Côte d’Ivoire, au prétexte qu’elle ferait ce qu’en France, on fait incontestablement : on se méfie des étrangers, a fortiori musulmans ; comme des musulmans français : on n’a toujours pas réglé “l’affaire du voile”. Et Ouattara vient d’annoncer à Paris qu’on rejette sa candidature non pas tant pour sa condition de nationalité que parce qu’il est "musulman" ! Voilà qui tombe pile pour rejeter sur une ex-colonie le problème qui nous ronge.
Et qu’importe si l’on vient de rejeter la candidature de Cohn-Bendit à la mairie de Paris sous prétexte qu’il est franco-allemand, la thématique est lancée, qui ne s’arrêtera plus.
C’est pour moi un tournant important dans la prise de conscience de la réalité de la Françafrique, qui me mènera en des zones et des découvertes imprévues. Comme la quasi-totalité des Français, je ne soupçonne alors pas le degré d’infection du phénomène.
François-Xavier Verschave disait dans un de ses derniers livres avant sa mort, De la Françafrique à la mafiafrique, qu’il continuait à faire des découvertes !
Plus modestement, un moment important pour moi est dans cet étonnement : pourquoi la presse française “de gauche” se prête à ce jeu du bouc émissaire qui siérait mieux à la droite… voire extrême – me semblait-il – ? Pourquoi soutient-elle du coup inconditionnellement un homme si évidemment marqué à droite, promoteur des “PAS” ultra-libéraux que la gauche est censée suspecter ?
(C’est cette même gauche vertueuse qui en viendra plus tard à s’insurger contre le “racisme anti-blancs”, qui était antérieurement un des dadas spécifiques de Le Pen.)
Le nouveau moyen de communication qu’est Internet, m’ayant permis de recevoir d’autres sources d’information que les seuls médias français, j’ai pu nourrir le doute critique que je concevais – en m’informant aussi via la presse ivoirienne, très plurielle ; j’ai ainsi pu suivre, plus tard, un ex-journaliste du Monde, démissionnaire, comme Théophile Kouamouo, porteur, désormais inaudible en France, d’une vraie parole critique. (Cf. aussi l’analyse critique de la guerre médiatique qui a accompagné et accompagne la crise franco-ivoirienne par Calixte Tayoro.)
J’entrais alors en 1999 dans un échange de courriels (prélude à mes blogs) – cf. extraits sur ce blog – avec un ami, R., ancien militant anti-colonialiste toujours actif, qui m’a transmis un des appels qui circulaient alors "contre un nouveau Rwanda en Côte d’Ivoire". Tout en étant étonné, parfois dubitatif quant à ma lecture des événements, il a rapidement transmis pour sa part mes courriels, élargissant la diffusion d’une information différente à d’autres de ses correspondantstous plus ou moins enclins à adhérer à la lecture qu’ont faite les médias “de gauche” de la crise naissante (médias qui ont largement contribué à sa naissance).
Un moyen d’élargissement de l’information que j’adoptais à mon tour : les courriels circulaires…
Les choses avaient depuis longtemps dégénéré (pour faire bref : coup d’État de 1999, élections de 2000, coup d’État raté de 2002, Marcoussis, novembre 2004) quand j’en suis venu, comme par hasard, à ce moyen plus ouvert encore, le “blogging” – à l’occasion d’une réaction à la dépêche sur nouvelobs.com (30 nov. 2004) évoquée ci-dessus : nouvelobs.com propose de réagir en créant un blog (aujourd’hui disparu – depuis le 12.02.09). Le lieu m’a alors paru propice, d’autant plus que nouvelobs.com acceuillait pour des forums en ligne Gbagbo ou Blé Goudé à une époque où ils font figure d’infréquentables.
J’écris alors aussi sur Ivoire Forum, mais nouvelobs.com est plus propice à l’information des Français qui fréquentent peu les sites patriotes (avec guillemets de rigueur!) ivoiriens.
Je conçois vite une certaine déception quant au lieu d’accueil, nouvelobs.com, y subissant des censures régulières (et officielles – formule consacrée, jusqu’au 30.03.05 : «L’équipe nouvelobs.com vous informe que votre dernière contribution n’a pas été sélectionnée par choix éditorial. En effet, nous veillons à éviter les dérapages et à sélectionner ce que nous souhaitons publier selon notre exigence éditoriale. N’hésitez pas à essayer de nouveau.») !
Le présent blog (créé le 2 juillet 2007) se propose de faire retour sur les événements depuis 1999…
Cela pour commencer, et pour digresser à partir de là vers des réflexions diverses…


