07
mai

Obama… Yes they can

20
avr

Aimé Césaire (3)

 

 

 

chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Discours sur le colonialisme

 

Aujourd’hui, en France, on célèbre Césaire. En 2004, l’armée française a tiré sur des manifestants désarmés à Abidjan. Et en France, on a…

 

… La parole de Césaire restant vivante et actuelle…

 

l’on nous vendait sur les places et l’aune de drap anglais et la viande salée d’Irlande coûtait moins cher que nous, et ce pays était calme, tranquille, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes.

Cahier d’un retour au pays natal

 

 

 

18
avr

La fin de la faim…

 

 

… Passera-t-elle par l’énonciation claire de ce qu’un chat est un chat ?

Il ne fait mystère pour personne que le débridement libéral comme idéologie unique est derrière la hausse insupportable des prix des produits alimentaires de base.

Il n’est pas jusqu’au FMI qui n’en soit à invoquer les mânes de Roosevelt — le « New Deal » ! C’est dire ! Le FMI dont il n’est pas mystérieux que ses fameux PAS (Plans d’Ajustement Structurel) ont joué un rôle essentiel dans l’enfoncement des pays du Sud. Mal en a pris aux «bons élèves» qui ne s’en sont que plus enfoncés.

Nommer un chat un chat. Le «chat» que l’on évoque à présent en réclamant à cor et à cri l’interventionnisme des pays riches a un nom explicite : «New Deal» ! c’est-à-dire planifier ; et derrière — si on tire plus sérieusement la queue de ce chat — pointent : collectivisme, socialisme, voire communisme ! Oh les gros mots !

Le problème avec le libéralisme — et à ce point je m’interroge sur le libéralisme dans l’idéal, un libéralisme qui favoriserait la concurrence et donc le développement —, le problème est que l’idéal dont il se réclame semble n’atteindre que difficilement le concret.

Au concret ce que l’on en voit est la liberté du renard dans le poulailler. Quelques grands groupes, appuyés par des États qu’ils ont mis en dépendance, gèrent une économie sans autre boussole qu’eux -mêmes — quitte à promouvoir des privatisations consistant à vendre à des groupes nationalisés de pays riches — ainsi la «privatisation Ouattara» des télécommunications ivoiriennes, passées à… France Télécom, alors groupe nationalisé en France !

La chute du mur de Berlin avait suscité un grand enthousiasme — largement à juste titre, certes. On mesure aujourd’hui le contre-effet de cette «fin de l’histoire»… La faim !

Où le «mea culpa» sans vergogne du FMI et consorts permet de se demander si cet enthousiasme était suffisant. Les «petites erreurs d’appréciation» du FMI et consorts auxquels ce moment historique a laissé les mains libres, ont plongé des millions de personnes dans la guerre et la faim ! Les «petites erreurs» au service des grands groupes seront peut-être dans l’avenir mesurées en termes de crimes.

Aujourd’hui, au «service de la dette», des pays entiers, qui ont muté leur agriculture vivrière en tout et autre chose au service de la mondialisation, se voient contraints d’importer la nourriture de base au prix fort entretenu par les mêmes qui organisaient les «petites erreurs» et qui n’ont pas cessé de spéculer — aujourd’hui sur le riz…

Où l’on risque de renouer avec les lendemains qui… déchantent. Sauf à les organiser en révolutions (un chat est un chat) à proportion de ce qu’il est peut-être trop tard pour réformer les structures et les mœurs de l’organisation mondiale de la misère.

Où il s’agit de prendre d’ores et déjà la leçon de l’écroulement antécédent, celui de l’ancien socialisme. Il s’est écroulé d’avoir été totalitaire, c’est-à-dire essentiellement d’avoir prétendu créer un «homme nouveau» — et en corollaire d’avoir interdit la dimension spirituelle jugée anti-révolutionnaire (et d’avoir persécuté ceux qui n’y renonçaient pas).

Déjà pourtant des théologies de la libération avaient germé, heureuses promesses — providentiellement ostracisées ! par la hiérarchie cléricale d’alors, qui s’empêchait ainsi elle-même d’instrumentaliser cette ouverture spirituelle au cœur de la révolution. Car la libération, y compris comme notion spirituelle, ne saurait qu’être indûment le cheval de Troie des cléricatures et des intégrismes — qu’ils soient catholiques, musulmans ou autres.

Dans le refus des révolutionnaires d’alors de cette dimension ouverte de l’humain, s’origine le drame de la bipolarité actuelle : libéralisme matérialiste contre intégrisme (essentiellement islamiste… pour l’heure).

Aujourd’hui une reprise de pouvoir des êtres humains en leur entier, y compris leur dimension spirituelle libre (un chat est un chat) mais à commencer par leur faim immédiate, relève de l’urgence (contre la catastrophe intégriste et contre la catastrophe de la misère).

Des instruments, antécédents aux «petites erreurs», existent : ces instruments de l’expression collective internationale que sont concrètement les leviers d’Archimède des nations où s’organisent les peuples. Leur rassemblement — révolutionnaire (un chat est un chat) — contre l’organisation mondiale de la misère, relève de l’urgence appelant la fin de la faim.

 

Cf. aussi deux interviews de Jean Ziegler :
sur le blog Madison
et ici.
Et un autre reportage sur l’effet FMI sur le blog de Djé.

 

 

 

17
avr

Aimé Césaire (2)

 

 

 


Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

 

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme

 

 

 

15
avr

Aimé Césaire

 

 

 


et nous savons maintenant que le soleil tourne
autour de notre terre éclairant la parcelle qu’a
fixée notre volonté seule et que toute étoile
chute de ciel en terre à notre commandement
sans limite.

 

Aimé Césaire, extrait de Cahier d’un retour au pays natal
(le contexte ici)

 

 

 

14
avr

Guerre et civilisation

 

 

Djé nous montre sur son blog une remarquable photographie de guerriers kenyans se combattant avec des arcs dans un étrange rite — «l’art de la guerre» — selon le beau titre que donne Djé à l’article, en soulignant l’ironie tragique.

C’est finalement du classique, un fait et un signe de… civilisation. Dont la perte est peut-être signe de dé-civilisation.

Petit détour : on a l’équivalent avec la chasse : ces rites, qui existent en Afrique et en Amérique «indienne», qui consistent à demander en quelque sorte pardon à l’animal que l’on tue pour le manger. Un rite qui indique le tragique d’avoir… à se nourrir de chair animale. Ça a une autre gueule que de manger, emballé dans du polystyrène et du cellophane, un morceau d’animal élevé en batterie — cela dans la plus grande inconscience de la réalité. (L’alternative végétarienne suppose une variété végétale suffisante et une connaissance suffisante des composants nutritifs pour ne pas connaître de carences.) Bref, se nourrir n’est pas innocent ! Le rite des chasseurs traditionnels marque ce fait et la conscience de sa dimension tragique.

La guerre n’est a priori pas du même ordre, étant en principe évitable. En principe ! Mais pas dans les faits. Et sa première marque est la barbarie, les violences indistinctes et terribles. «L’art de la guerre» consiste à civiliser et minimaliser l’inévitable (inévitable de fait, sinon en principe). C’est un fait de toutes les civilisations — du moins dans leur phase de civilisation…

Deux exemples connus :

On se souvient de la série TV «Kung-Fu» avec David Carradine dans le rôle du moine Kwai Chang Caine : un monastère de Shaolin chargé d’imaginaire (tout aussi imaginaire que le Tibet actuel des Occidentaux), nonobstant son fondement dans la réalité — moins rose que dans la série TV : c’est de la guerre qu’il s’agit.

On peut aussi penser à la limitation des périodes de guerre du Moyen Âge occidental (qui alterneront avec ce qui deviendra la «trêve de Dieu» et la «paix de Dieu» de nos manuels scolaires) ; aux rites d’accession au rôle militaire «chevaleresque» — devenu synonyme de courtoisie (ce n’est pas pour rien) jusque chez les héros de cape et l’épée. On connaît aussi toute une filmographie parlant d’un Moyen Âge tout aussi imaginaire que le temple de Shaolin de la série «Kung-Fu» — là aussi, c’est de la guerre qu’il s’agit.

Cela durera jusqu’aux acquis techniques modernes qui déboucheront… sur la boucherie des guerres contemporaines (tournant marquant : 1914) — où l’on en viendra finalement à tuer «innocemment» 30 000 personnes d’un coup d’un seul, depuis un avion, à participer au meurtre de 6 millions d’autres «innocemment» (en conduisant un train) ; non sans avoir perdu la conscience de l’humanité des «cibles» — un des résultats de l’industrialisation de l’esclavage traitant un certain «produit» (selon le vocabulaire repris à l’envi par Pétré-Grenou.).

Où l’on se demande si la dé-ritualisation de la guerre n’est pas un signe de dé-civilisation !

Le rite (comme tous les rites guerriers classiques) des guerriers kenyans serait alors une leçon, dévoilant et le tragique et l’absurde de la guerre — que l’on fait quand même ! Et plus tard, on le sait, on se reparlera ! Tragique et absurde dévoilés par le fait même que la mort de l’ennemi, inéluctable (c’est la guerre), doit être la plus rapide possible (ne pas blesser, mais tuer). Là où la barbarie — la pré-civilisation et la dé-civilisation — torturent…

 

 

10
avr

Le Disneyland des JO contre Tintin au Tibet

 

 

Donald Lopez (University of Michigan) n’est pas un anti-Tibétain, ni a fortiori un pro-pouvoir chinois forcené.

(Cf. l’appel à Hu Jintao qu’il co-signe.)

Précision importante, parce que par les temps qui courent, on pourrait être porté à le croire en lisant son livre ! (Fascination tibétaine, Chicago 1998, trad. fr. éd. Autrement frontières 2003).

Katia Buffetrille (ethnologue, École pratique des hautes études), qui préface la traduction française, annonce le propos de Lopez : «montrer à la fois comment l’Occident [a] créé un Tibet entièrement sorti de son imaginaire, chargé de mythes qui se sont transmis au cours du temps sans que personne ne s’y oppose, et comment cette fascination n’est pas sans péril.» p. 6.

Péril pour qui ? En premier lieu pour le Tibet :

«Au cours des trois dernières décennies, les fantasmes sur le Tibet ont certainement aidé […] la cause de l’indépendance tibétaine, mais ils constituent, en fin de compte, une menace pour la réalisation de ce but. Aussi longtemps que nous continuerons de faire du Tibet d’avant 1950 une utopie, le Tibet du XXIe siècle ne pourra exister.» Lopez p. 25. (Je cite Lopez sans me prononcer sur la question de l’indépendance, que ne réclame apparemment pas le Tibet, ni sur celle de la mise en vis-à-vis de la Chine et du Tibet, qui, jusqu’à nouvel ordre, est chinois.)

Parlant d’ «un mélange séduisant d’exotisme, de spirituel et de politique», Lopez est convaincu que «[…] l’idéalisation constante du Tibet — de sa religion et de son histoire — finira par nuire à la cause de son indépendance.» p. 26.

Un des derniers exemples de l’exaltation romantique qu’il dénonce est le best-seller français Le moine et le philosophe que mentionne Lopez comme «un ouvrage qui présente une vision idéalisée du Tibet et de sa religion». p. 12.

Katia Buffetrille rappelle, «n’en déplaise aux proTibétains romantiques», que le Tibet n’a jamais été «un Paradis peuplé exclusivement de gens bons et souriants que la douceur de vivre portait aux seules pratiques spirituelles. Tenir ce genre de discours c’est occulter un autre aspect du Tibet, un Tibet avec ses puissants monastères qui bloquaient toute réforme de peur de voir le pouvoir leur échapper, avec une aristocratie attachée à ses privilèges, des instances gouvernementales où se tramaient complots et intrigues, un code de lois remontant au VIIe siècle», etc. «Transformer le Tibet en un pays mythique, c’est lui “dénier son histoire, l’exclure d’un monde réel dont il a toujours fait partie, et priver les Tibétains de leur rôle dans la création d’une réalité quotidienne controversée (Lopez 1998, p. 24)”.»

Et c’est là ne pas le servir ! Où les gesticulations anti-Chinoises auxquelles on assiste, par leur disproportion avec ce qu’on a vu jusqu’à présent — la Chine n’est pas devenue ce qu’elle est à la veille des JO ! — ne revient peut-être pas tant à servir le Tibet — réel ! — qu’à se servir du Tibet comme dernier refuge d’un narcissisme bien-pensant qui ne sait plus à quoi s’accrocher.

Et Lopez montre remarquablement que le Tibet imaginaire est le dernier refuge d’une nostalgie… coloniale ! Lopez parle bien de «représentations en partie héritées du colonialisme» (p. 19) : «jusqu’au début du XIXe siècle, les poètes et les philosophes européens avaient porté aux nues l’Inde et la Chine. Cette dernière avait été favorite du siècle des Lumières […]. Il s’agissait là d’un fantasme européen persistant, où l’Occident, prenant conscience d’un certain manque en lui-même, s’imagine que la réponse — par un processus de projection — se trouve quelque part en Orient. Mais, avec l’expansion des intérêts coloniaux européens en Asie, le début du XIXe siècle marqua l’effondrement des jugements favorables sur ces deux sociétés [Inde et Chine]. [...] Pendant cette période d’exploration et de colonisation, le Tibet demeura fermé aux Européens. [… Il] devint, dans les imaginaires, la terre de la sagesse perdue. Comme le pays n’avait jamais été une colonie européenne, nombre de fantasmes européens sur l’Inde et la Chine, dissipés par le colonialisme, se frayèrent un chemin à travers les montagnes vers un Tibet idéalisé» (p. 19-20).

Un tel Tibet — parfaitement imaginaire — s’est répandu via toute une littérature et une filmographie ; où il n’est nullement incongru de la part de Mélenchon, de parler de Tintin au Tibet, excellent résumé de cette fantasmagorie… à laquelle on voit s’opposer aujourd’hui le Disneyland des JO. Et quand le Disneyland en question se trouve être celui de la Chine, hybride communiste/libéral, pourquoi se gêner pour se déchaîner? Elle résume à elle seule tout ce qui est honni !

Ce faisant, ce ne sont ni les Droits de l’Homme (on n’y a pas pensé aussi fort avant), ni les Tibétains concrets que l’on défend !

«La seule chose qui distingue le Tibet de la Palestine, du Rwanda, de la Birmanie, de l’Irlande du Nord, du Timor-Oriental ou de la Bosnie, c’est cette image de Tibétains formant un peuple heureux et pacifique dévolu à la pratique du bouddhisme, dont le pays lointain et éclairé sur les questions d’environnement, dirigé par un roi-dieu, a été envahi par les forces du mal.» p. 25-26.

Défense d’un fantasme auquel on s’étaye soi-même : cela pourrait suffire à expliquer l’étrange déchaînement hystérique dont le peuple chinois, autant que ses dirigeants jamais mentionnés, finit par être l’exutoire… Ce qui ne sert en rien les Tibétains réels !

 

 

 

04
avr

Mais que fait la police ?

 

 

 

À Madison… après “the Police” et avant le 11/09 : les tours dans le lointain à la fin du clip…

 

 

 

 

 

04
avr

Mieux vaut tard que jamais (2)

 

 

 

Non, je ne vais pas reparler du PS et de la reconnaissance par Lang et Le Guen de ce que le suivisme médiatique du parti à l’époque de l’excommunication des socialistes ivoiriens avait été indigne.

Je ne m’arrêterai pas sur la nouvelle sortie de François 1er : « l’état (du PS) c’est moi — pardon — c’est nous » — ; Hollande employant à présent le pluriel de majesté : « “Nous” restons à distance » du FPI ivoirien…

Non : je pense au propos de Sarkozy à Londres sur l’Afghanistan : « nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ». Mieux vaut tard que jamais !

Voilà des décennies que dans le monde arabo-musulman, on favorise les islamistes contre les laïques. Jusqu’au 11/09 et même après — cf. la seconde guerre du Golfe, pour ne rien dire de la Turquie.

Tout cela pour entendre dire enfin, après le discours de Ryad louant les bienfaits de « la religion » : « nous ne pouvons pas nous permettre de perdre » contre l’islamisme. Il était temps !

À « l’origine », on a préféré aux laïques de l’arabisme les pétro-monarchies islamistes. Par la suite, c’est leur mouvance qui a mis la main sur l’Afghanistan (les Afghans les appellent « les Arabes »).

À « l’origine », à la grande satisfaction des pétro-monarques, on s’en est pris à Nasser. Certes, et en outre contre le droit international élémentaire, il ne reconnaissait pas Israël. Mais les pétro-monarchies le reconnaissaient-elles vraiment ? Une telle reconnaissance était-elle vraiment plus difficile à Nasser qu’aux pétro-monarques ?… On ne refera pas l’histoire. Mais le laïque Arafat lui-même n’a-t-il pas fini par reconnaître le droit d’Israël à exister à côté d’un État palestinien ? Reconnaissance que refusent à présent les islamistes du Hamas.

On était alors à l’époque où Bourguiba pouvait se permettre de manifester sa laïcité en buvant un jus d’orange en plein ramadan. Serait-ce encore possible à l’heure où c’est de plus en plus difficile, même en Turquie ! — sous le silence de l’Europe.

Depuis de l’eau — et du sang — a passé sous les ponts. On a soutenu militairement, parmi les résistants afghans, les talibans contre les Russes. On les a soutenus jusqu’après la fin de l’empire soviétique — Washington l’a fait de façon explicite jusqu’au 11/09 !

On a protégé les dictatures pétro-monarchiques contre la dictature — dictature certes, mais laïque — irakienne après la parenthèse de son soutien contre l’Iran (apparemment on la jugeait moins dictatoriale à cette époque où elle gazait les Kurdes). Ici aussi, les ouvertures en matière de Droits de l’Homme et de reconnaissance d’Israël eussent-elles été plus difficiles qu’elles le sont aujourd’hui aux islamistes ? On ne refera pas l’histoire…

On a détruit toute velléité de laïcité en Irak en favorisant la montée des islamismes lors de la deuxième guerre du Golfe — la France s’est heureusement refusée à cette seconde guerre — au moment toutefois où elle appuyait en Côte d’Ivoire une rébellion prête parfois à se réclamer de Ben Laden (sic!) au prétexte qu’elle aurait été menacée de « génocide » (sic !) par le pouvoir légitime et démocratique ! (Cela sous les applaudissements de Hollande…)

Le monde est-il plus sûr (pour reprendre la formule bushienne) quand la laïcité apparaît comme l’ennemi du monde arabo-musulman ?

Il ne semble pas, finalement : l’homme qui a vanté à Ryad les mérites d’une religion au nom de laquelle on y lapide les femmes — tout de même ! — le dit aujourd’hui : « nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ». Eh bien, on ne peut qu’être d’accord : « nous — ou plus précisément Hamid Karzaï — ne pouvons pas nous permettre de perdre ».

L’alternative à Hamid Karzaï, pour l’Afghanistan, est de cet ordre — attention : il s’agit d’images d’une horreur insoutenable, celles du lynchage/lapidation d’une jeune fille (qui n’a pas eu lieu en Afghanistan); personnes sensibles s’abstenir — :
http://video.google.fr/videosearch?q=lapidation&sitesearch=

Il sera certes heureux qu’il y ait, peut-être, après le débat sans vote de mardi dernier, au sujet de l’engagement de la France un débat avec vote à l’Assemblée nationale — la France restant une démocratie. Mais il serait regrettable qu’à cette occasion l’on confondît l’inadmissibilité de perdre avec les velléités sarkoziennes de réintégration de l’Otan, et que l’on en fît un prétexte pour envisager l’hypothèse d’une défaite face à ce contre quoi, décidément, nous — ou Hamid Karzaï — « ne pouvons pas nous permettre de perdre ».

 

 

 

31
mar

Afriktag - c’est mon tour !

 

 

 

Tout d’abord l’introduction, telle que proposée par Théo, l’initiateur d’Akriktag, « taguage » pour lequel j’ai été épinglé par Madison :

« - Il s’agit de susciter des posts sur les blogs, la littérature et la musique africaine, mais aussi d’avoir un max d’infos sur les usages du web 2.0 par les bloggeurs afro-orientés.

- Il s’agit de “tagger” des bloggeurs afro-orientés, c’est-à-dire qui s’intéressent à l’Afrique, qu’ils soient d’origine africaine ou non. Pas d’exclusion, donc. Est afro-orienté tout bloggeur qui se considère, d’emblée ou après réflexion, comme afro-orienté.

- Chaque bloggeur “taggué” doit citer trois blogs afro-orientés qu’il aime visiter et/ou trois auteurs africains (ou afro-orientés) qui l’ont marqué et/ou trois musiciens africains (ou afro-orientés) qu’il aime bien. On peut évoquer les trois thèmes à la fois, deux thèmes, un thème (par exemple, seulement les musiciens).

- Chaque bloggeur “taggué” doit lui-même “tagger” trois autres bloggeurs “afro-orientés”.

- Chaque post sur ce sujet doit commencer par “afriktag”, le mot n’est pas encore référencé par Google, on peut donc faire main basse dessus, et retrouver facilement tous les billets écrits dans le cadre de notre opération.»

 

Voilà un projet qui me paraît pertinent et bien dans l’actualité, réponse à l’urgence qu’il y a à se dégager de l’ethnocentrisme « blanc » non seulement ambiant, mais apparemment en plein nouveau développement !

Pas un événement d’actualité qui ne soit relu à l’aune de cette manie (au sens psychologique du terme) ethnocentrique. Depuis l’étrange projection de l’ « ethnisme » sur les autres, jusqu’à l’aplomb ethnocentrique dans la lecture des événements du monde, que ce soit le Zimbabwe (merci à Théo de corriger cela dans son article du 29.03), jusqu’à la Chine — je pense au lamentable « procès » fait au seul Chinois invité de l’émission “Revu et corrigé” de Paul Amar sur France 5 ce samedi 29.03 (« procès » entre guillemets parce que normalement, pour un procès, l’accusé a droit à la parole ou à une défense). Une hystérie collective d’un « Occident » campé sur sa bonne conscience, qui est le plus mauvais service à rendre aux Tibétains (merci à Pierre Haski pour son article sur Rue89).

Or (la Chine étant aussi un empire) le décentrage dont notre monde a besoin ne peut faire l’économie d’une autre orientation. Concrètement d’une « afro-orientation » — le continent africain étant le continent « oublié » si ce n’est (autre façon d’oubli) pour le classer dans la sempiternelle « hiérarchie des ‘races’ » dont l’ethnocentrisme régnant a décidément bien de la peine à se débarrasser, d’autant plus de peine qu’il ne s’en rend pas compte !

Dernier exemple d’actualité : le voyage princier dans les carrosses britanniques. Je suis personnellement ravi de voir que la récurrente guerre ethnique de cent ans est en passe de se terminer (depuis le XVe siècle, ce n’est pas mal). De même que j’ai été ravi de voir évoquer les mânes de Lafayette aux États-Unis.

Mais dans tous ces cas et d’autres (qui auraient tout pour être heureux), se glisse en permanence la même ombre : celle des empires — la « fraternité » des empires (« nouvelle » ou ancienne). Car contrairement à ce qu’il en est à Londres ou à Washington, de Dakar à Libreville en passant par Ndjaména, pour ne rien dire d’Abidjan, on n’assiste pas à la même déférence, loin s’en faut ! On assiste en fait à la récurrence nostalgique des empires qui s’appuyèrent sur leur mythe de la « hiérarchie des ‘races’ ». Déférence « fraternelle » d’un côté, quantité négligeable de l’autre. Hommage légitime aux soldats libérateurs américains, « oubli » des soldats libérateurs africains.

Ce ne sont là que quelques signes d’un ethnocentrisme qui s’ignore et que les projets comme celui de la réponse au discours de Dakar ou, d’une autre façon l’ « Afriktaguage », veulent corriger.

« Afriktag » est donc à mon sens un projet joliment universaliste.

Or l’universalisme, pour n’être pas qu’abstrait, passe, est toujours passé — tel le levier d’Archimède — par les situations concrètes qui le font émerger : les révolutions universalistes éclosent toujours en référence à une situation locale, faisant émerger une citoyenneté dont l’expression est locale, dotée de visages.

La dernière expression historique marquante de cet universalisme est dans le combat patriote ivoirien pour la Constitution, expression de la souveraineté populaire, contre les diktats ethnocentriques franco-européens de la « communauté internationale », qui, comble de l’ironie, appuyait son « bon droit » sur sa prétention à combattre l’ « ethnisme » ! L’ « ethnisme » effectif dans cette affaire était l’ethnocentrisme inconscient de la « fraternité ‘blanche’ » des empires !

C’est de la sorte que mon entrée en « blogging » s’est faite, comme savent les lecteurs de mon blog, par la crise franco-ivoirienne. Ici, dans l’incompréhension totale de la part de l’ethnocentrisme européen, s’est ouverte une étape sérieuse d’un universalisme concret. Ce que l’ethnocentrisme européen s’avérait incapable de comprendre (j’ai eu l’occasion d’ironiser sur ce blog sur l’invention franco-parisienne de la « tribu » « Ivoire ») !

L’universalisme, nécessairement concret et d’expression locale, comprend aussi la capacité à recevoir les apports du reste du monde, et notamment culturels. Ici aussi, l’histoire de la naissance de la nation ivoirienne et du développement de sa révolution me paraissent remarquables : la réception d’une langue non issue du terroir (le français) jusqu’à assumer un nom français du pays, la volonté d’inscrire l’histoire du pays dans une continuité par delà les soubresauts : le maintien de Yamoussoukro, cité centrale, y compris après l’houphouëtisme, autant d’éléments très significatifs de ce que peut être un universalisme concret et actuel (contre la tentation permanente des anciens universalismes de ne faire que cultiver leurs chrysanthèmes en les arrosant d’ « antirepentance » !).

Voilà une longue introduction pour en venir aux trois blogs, trois livres, trois illustrations musicales, trois autres « bloggeurs » « taggués ».

Longtemps solitaire (ma découverte d’autres blogs s’est faite progressivement) mon « blogging » s’est nourri tout d’abord de la confrontation de la lecture franco-« communauté internationale » — bétonnée de certitudes sur la « crise ivoirienne » — aux journaux stigmatisés par cette même presse franco-française (et donc, ceux-là, pas lus en France même s’ils étaient accessibles sur Internet) : les journaux ivoiriens, et notamment de la mouvance patriotique (avec guillemets de rigueur en France). Des analyses d’une richesse insoupçonnée, signe d’un pays en plein bouleversement critique — j’ai parfois simplement reproduit nombre de ces articles — un pays en pleine révolution, y compris avec ses interrogations et ses tentations — révolution cela dit, patriotique et panafricaine, bref : universaliste.

 

1) Un des journalistes, témoin et analyste engagé de ce mouvement de l’histoire, est Théophile Kouamouo, qui depuis est passé de la presse écrite au « blogging ». C’est donc le premier blog que je mentionne, fréquenté avant même qu’il ne s’agisse d’un blog proprement dit.

2) Puis l’usage du blogging s’est développé, et je mentionne en seconde référence un bloggeur hélas trop absent depuis quelques mois, qui a produit d’excellentes interviews. C’est ici aussi un appel à le voir reprendre son blog. J’ai nommé le blog de CC.

3) Et aussi, pour montrer à quel point tout mouvement de révolution connaît ses phases de doute et d’interrogation, y compris face aux dérives et aux tentations de retour en arrière, je mentionne le blog Saoti de Mahalia Ntebi, qui au-delà des contingences, représente à mes yeux essentiellement le courant du refus de l’accord de Ouagadougou, un courant radical donc, celui de l’opposition à tout compromis. Car si, certes, Ouagadougou marque une pause indispensable pour un peuple fatigué, premier à avoir subi les violences de l’instrumentalisation locale de la « communauté internationale », ce qui a été posé en terme de relèvement de l’Afrique ne saurait être enterré par ce qui deviendrait un « retour au bercail ».

Cela parce qu’il fallait faire trois choix : j’aurais aussi pu mentionner Djé, Edgar, et tous ceux qui sont dans la rubrique « liens » de mes blogs et d’autres que je fréquente actuellement plus souvent que les deux derniers mentionnés ci-dessus (qui sont rarement renouvelés)…

 

*

 

Mais il faut faire des choix. Il en sera de même des livres. Trois livres brefs qui marquent à mon sens la dimension universaliste du combat « afro-orienté ».

 

1) Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Réclame 1950 / Présence africaine 1955, qui situe très bien l’enjeu initial et universaliste du combat anti-colonial.

Extrait :

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il est sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste. »

 

2) Frantz Fanon, Les damnés de la terre, La découverte 1961, qui dans une ligne similaire, pose de façon irréfutable la réalité inéluctable de la libération.

 

3) Pour le troisième, j’en viens à l’actualité, et à la « crise ivoirienne », expression contemporaine et concrète de ce combat de longue durée.

Ici, j’ai hésité entre deux livres, mais puisque j’ai cité un des auteurs en blog, je mentionnerai ici l’autre des deux, celui de Mamadou Koulibaly, La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, L’Harmattan 2003, qui situe tout l’enjeu économique, d’autant plus irréfutable qu’il pose ces enjeux dans les termes du libéralisme le plus insoupçonnable ! (Trop pourrait-on penser !)

 

L’autre en balance duquel j’hésitais, est celui de Théophile Kouamouo, La France que je combats, éd. du Courrier d’Abidjan 2005, écrit comme le cheminement de la prise de conscience de ce qui se joue dans la confrontation du bétonnage politico-médiatique et ethnocentrique franco-européen face à l’engagement pour le combat de la liberté et du droit.

Et puisque j’ai commencé à rallonger la liste, je mentionnerai des livres moins brefs, à commencer par Cheikh Anta Diop, par ex. Nations nègres et culture, Présence africaine 1954 — Anta Diop, un des premiers témoins peut-être daté, de la contestation du bétonnage idéologique (d’origine napoléonienne) « blanco-centrique ».
Et aussi l’œuvre de Vershave — notamment La Françafrique, Stock 1998 — et de « Survie », à qui pourtant, dans un premier temps, la signification de la crise franco-ivoirienne avait échappé ; comme elle a pu échapper aussi juste avant sa mort à un auteur indispensable comme Ahmadou Kourouma. Cf. son excellent Allah n’est pas obligé, Seuil 2000.
Et puis pour la situation concrète d’un combat, un auteur remarquable, qui a toujours collé, et qui continue de coller à l’enjeu de la crise, Harris Memel Fôté, Le système politique de Lodjoukrou, Présence africaine 1980.
Etc., etc.

 

*

 

Et puis, parlons musique, lieu par excellence peut-être de l’universalité, au-delà des langues et des cultures.

 

Je citerais d’abord deux Américains :

1) Miles Davis, ci-dessous son hommage à l’archevêque anglican du Cap, Desmond Tutu, en pleine révolution sud-africaine. Miles Davis, dont la musique est une des expressions contemporaines de ce que la beauté est au-delà des cantonnements, et qu’elle puise sa richesse dans le mixage des cultures.

 


Miles Davis, “Tutu”
et ici “Amandla”

 

2) Jimi Hendrix, expression au cœur de la jeunesse américaine des années ‘60- ‘70 (ici contre la guerre au Viet-Nam) puis mondiale que le refus du colonialisme et des guerres néo-coloniales est source de libération pour tous.

 


Jimi Hendrix à Woodstock

 

 

Et un Ivorien :

3) Un enfant jouant d’une façon qui m’a impressionné des percussions au cours d’un office religieux chrétien dans un village de Côte d’Ivoire (ici je n’ai pas d’enregistrement) — inconnu bien sûr, mais un de ces nombreux futurs Alpha Blondy pour citer aussi ce reggaeman comme autre témoin de l’universalité de la culture musicale.

 


Alpha Blondy, “Massada”

 

 

*

 

Enfin mes trois « afriktagués » :

Brigitte, qui a ouvert son blog au temps du rapt électoral togolais, bien vite oublié de nos médias…

CC, pour le relancer.

Raphaël Adjobi, pour en savoir plus un sur des premiers dont j’ai vu qu’il avait découvert mon blogging de fourmi (pour m’avoir mis en lien sur son blog)

 

 

 




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