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«Conférence : La parité Euro-FCFA, suicidaire pour nos économies»

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Fraternité Matin — lundi 14 janvier 2008 — http://news.abidjan.net/h/277810.html

par Gooré Bi Hué :

« L’arrimage de la monnaie de la zone franc à l’euro continue de susciter des débats. Parité euro-CFA : enjeux et perspectives. Tel est le thème de la conférence-débat qui a réuni vendredi dernier de 19h30 à minuit spécialistes des questions financières et de la trésorerie à l’hôtel Sofitel au Plateau. Pour les initiés ou non aux questions monétaires, cette conférence organisée par l’Association des cadres financiers et trésoriers de l’Uemoa, et animée par François N’Dengwe, diplômé de l’IEP, expert consultant en finances publiques et politiques monétaires à Télema, à Paris, aura plongé tous et chacun au cœur de ce qu’il est convenu d’appeler le « tabou du franc CFA ». Et de répondre à cette autre problématique que Jean- Louis Billon, modérateur de la circonstance a fait sienne : « Peut-on remettre en cause la parité euro-CFA sans remettre en cause les avantages inhérents ? ». Pour François N’Dengwe, la parité euro-CFA est un carcan dont il faut se défaire, de même que la zone franc parce que le taux de change dans ce système est biaisé. La zone franc, explique-t-il, est un système monétaire unique au monde mais qui est bâti à l’image d’un précédent : la domination de l’Allemagne nazie sur la France…vaincue. A cette époque, l’Allemagne imposa une monnaie en France (le Mark) qui n’avait pas la même valeur que celle en vigueur chez elle. Par comparaison à cela, le conférencier estime que « le CFA est donc le fils de la prétentieuse suprématie blanche de Charles De Gaulle, Pleven (ministre des Finances) et Soustelle (ministre des Colonies) sur les colonies africaines.. ». Pour arriver à cette conclusion, le spécialiste des questions monétaires a fait savoir que l’acte de naissance du FCFA a été signé le 25 novembre 1945, par décret du Général De Gaulle, Président du gouvernement provisoire français de l’époque, comme s’il s’agissait d’offrir un cadeau de Noël aux colonies. Au commencement, pour un franc CFA, il fallait 1,7 FF. Mais cette parité a successivement évolué pour se situer à 1FCFA pour 2FF, 1FCFA pour 0,02 FF, et après la dévaluation, 1FCFA pour 0,01 FF. Le fait que le CFA soit créé par décret, sans consultation aucune d’une assemblée, amène le conférencier à se demander si le CFA était vraiment une monnaie créée pour les Africains. N’était-il pas créé à des fins qu’il reste encore à élucider ? En tout cas, le mystère qui entoure le CFA dans sa relation notamment avec le trésor français est, selon N’Dengwe, problématique. « La monnaie est un bien public et donc éminemment politique. Pourquoi en fait-on une affaire ? Pourquoi nos parlements se taisent sur la question du CFA, même quand son arrimage à l’euro commence à peser sur les économies de la zone franc à cause de la surévaluation de l’euro par rapport au dollar sur le marché de change ? Sachant bien que cet arrimage entraîne aussi du coup une surévaluation du CFA. Or, nous sommes dans une zone monétaire qui n’a pas les mêmes performances économiques que l’Union européenne. Pour le conférencier, dans la zone franc, le taux de change est biaisé, et les banques centrales sont loin de jouer actuellement leur rôle. Il y a très peu d’anticipation, de régulation de l’économie. Et nos banques centrales semblent se contenter du rôle de réceptacles des fonds des Etats ou se réjouir de la garantie illimitée offerte par le Trésor français. « La garantie illimitée est un syndrome dont il faut se débarrasser », a insisté François N’Dengwe. Avant de s’interroger sur l’attitude des gouverneurs face à la forte appréciation de l’euro et donc du FCFA. « Alors que les Français et bien d’autres Européens (Allemands notamment) commencent à se plaindre de l’euro, alors que des Français projettent une marche le 17 février prochain contre l’euro et le retour au franc français, les gouverneurs de nos banques centrales sont incapables de nous dire ce que coûte à l’économie zonale cet euro fort et faire en conséquence des projections de solutions.». En fait, à la BCEAO, on se contente d’affirmer que l’euro fort réduit les factures énergétiques et pétrolières (c’est-à-dire l’importation), comme si nos économies ne devaient qu’importer. Or, nos économies subissent des pertes de compétitivité à l’export, ce qui est fortement préjudiciable. « Sans maîtrise de sa monnaie, point de développement national », avertit l’expert en finances publiques et politiques monétaires. Lequel s’interroge une fois de plus : « Est-ce que notre adhésion à l’euro crée les conditions de développement des investissements à long terme ?». Sa réponse est plutôt négative lorsqu’il affirme, sans ambages, que « la parité euro-CFA est un véritable carcan, un facteur d’appauvrissement automatique des économies des zones franc, de même que les Français s’étaient appauvris automatiquement sous la domination allemande.» L’expert des questions monétaires n’a pas occulté la qualité de gouverneurs pour nos banques centrales. Pour lui, le gouverneur qu’il nous faut, c’est celui qui viendra nous libérer de la pauvreté et non un répondeur automatique ; celui qui allie rigueur, clairvoyance, transparence et anticipation dans la gestion de la chose publique qu’est notre monnaie commune, le CFA. Ces qualités sont, à ses yeux, importantes pour hisser les économies de la zone franc sur le piédestal du développement socioéconomique. Certains pays tels que le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, et le Vietnam ont quitté la zone franc et s’en portent mieux parce qu’ils ont su s’imposer une rigueur. Comme quoi, l’affranchissement est possible mais il exige beaucoup de rigueur. »


1 Réponse vers “«Conférence : La parité Euro-FCFA, suicidaire pour nos économies»”


  1. 1 Jean-Baptiste
    Vendredi 23 octobre 2009 à 4:04

    La lenteur, que dis-je, la torpeur des gouvernements Africains est simplement ecoeurant. Les Africains de la Zone CFA auraient du s’affranchir de l’arrimage CFA-FF, puis CFA-Euro depuis des lustres. Je suppose que la peur de la rigueur dans les finances internationales fait que nos dirigeants, partisans sans reserve de la paresse, n’osent pas s’exposer a la possibilite de tempetes et d’ouragans financiers tel que celui qui a frappe l’Amerique et le reste du monde en 2008-2009. Tant qu’il y aura quelque matiere premiere a vendre a vil prix pour s’offrir des vacances sompteuses dnas les pays du Nord, nos dirigeants n’accepteront jamais de se mettre le joug de la monnaie independante au coup.


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)