
Disons-le d’emblée : mauvaise question… ou question mal posée !
Certes Barack Obama s’approche toujours plus de l’investiture du parti démocrate ; et les sondages le donnent vainqueur contre McCain.
Mais c’est cette façon de le qualifier : « noir », qui demande précision.
Demande de précision soulignée quand tel ou tel commentateur qui vient d’employer ce vocable se corrige régulièrement en précisant : « métis ».
Comme pour dire : « moitié noir » !
Où l’on voit que l’on tombe en permanence dans cette comptabilité d’apothicaire héritée de l’esclavage et du discours qui en est né : à quel taux de sang « noir » (c’est-à-dire « rouge », mais coulant ou ayant coulé dans les veines d’un « noir ») commence-t-on ou cesse-t-on d’être « noir » ?
Communément le discours raciste considère qu’une « goutte » de « sang noir » fait le « noir » — à savoir celui qui n’est pas né d’une union « purement blanche » !
C’est ainsi qu’on nuance, de façon à peu près autant raciste, en précisant — sous le vocable « métis » — : « moitié-noir » ! C’est-à-dire « noir » quand même, ce qui peut éventuellement être utilisé par les adversaires électoraux de Barack Obama, pour jeter sur lui le soupçon qui en ferait un « candidat communautaire ». On sait que mal en a pris aux Clinton de jouer à ce jeu : les électeurs démocrates américains ne s’y sont pas laissé prendre, faisant retomber le discrédit sur ceux qui seraient tentés par une telle manœuvre…
Étrange, sans parler de la classification esclavagiste que je viens d’évoquer — et Obama a des ancêtres paternels africains, mais qui n’ont pas été déportés outre-atlantique comme esclaves — ; étrange cette façon commune de classifier les êtres humains en « dosages » d’appartenance en fonction de leur ascendance…
Il suffit de s’interroger quelque peu pour discerner ce que cela a d’absurde.
Imaginons par exemple, sous un tout autre angle, que la mère de Barack Obama soit juive, et que son père ne le soit pas : la tradition rabbinique, qui relie la judaïté à la mère, considérerait qu’il est juif — pas moitié juif, mais 100% juif.
Cela à juste titre, me semble-t-il (quoi que l’on pense par ailleurs de l’argumentation théologique voulant qu’on soit juif par la mère). À juste titre tout simplement parce qu’on n’est pas « à moitié » quelque chose ni a fortiori « à moitié » quelqu’un !
Et puisque être juif (ou de toute autre religion) n’est pas quelque chose qui relève de la biologie, la même tradition rabbinique considérerait dans un second temps que Barack Obama n’est pas juif du tout, puisqu’il est devenu protestant, et qu’un juif n’est pas un chrétien et inversement : on est l’un ou l’autre. Obama est chrétien.
Ce qui permet aussi de dire qu’il n’est pas musulman, bien que son père l’ait été, paraît-il. Cela pour cette simple raison qu’être musulman non plus ne relève pas de la biologie, que Barack n’est pas son père, et que lui est de religion chrétienne. Cela contre ceux qui tentent de le disqualifier pour ses origines musulmanes (ce qui en outre n’est pas une tare !). La conversion d’Obama au christianisme malgré qu’il ait des ancêtres musulmans côté paternel est au contraire quelque chose d’extrême positif comme signe donné au monde quant à la validité de l’article 18 de la Déclaration universelle des Droits de Homme de 1948 : « tout être humain a le droit de changer de religion ».
Voilà donc un homme qui, quelle que soit l’origine religieuse de ses ancêtres maternels (protestants aussi, semble-t-il) ou paternels (et il est originaire à 100% des deux, pas à 50% de chacun !), est entièrement protestant (et pas « à moitié »), ce qui ne l’empêche pas d’être entièrement (et pas « à moitié ») autre chose à d’autres niveaux : par exemple 100% Américain au plan de la nationalité.
Mais aussi, quant à l’origine, 100% « blanc » par sa mère et 100% « noir » par son père. « Blanc » et « noir » étant ici des concepts — non pas de « couleur » — mais d’origine géographique quant à une ascendance relativement récente : européenne par sa mère, africaine par son père. Où l’on voit combien un concept en usage actuellement en Amérique comme celui d’ « Africain-Américain » quoique sans doute pas parfaitement adéquat, est bien plus fonctionnel que celui de « noir » !
Ce genre de concepts, comme « Africain-Américain », ou leur équivalent pour les « Asiatiques-Américains », les « Européens-Américains », ou les « Latino-Américains », est cependant insatisfaisant pour cette raison simple que de tels concepts consistent à s’efforcer de mettre en catégories ce qui nécessairement n’est pas catégorisable : les êtres humains.
Non-catégorisables quant aux origines géographiques, religieuses, etc. (On pourrait multiplier les possibilités en remontant de quelques générations.) Et a fortiori non-catégorisables en regard du taux de mélanine, qui détermine la couleur de la peau : d’où mon insistance à mettre « noir », « blanc », « jaune », etc., entre guillemets. La coloration des peaux est une série de dégradés qui, du presque noir, mais jamais tout à fait noir, au presque blanc, mais jamais tout à fait blanc — pour le dire de la sorte et en parler à partir de cette échelle-là de couleurs (qui est en fait inadéquate). Et ce dégradé de couleurs de peau n’a objectivement pas plus de signification que la couleur des yeux ou des cheveux. Aurait-on de nos jours besoin de préciser comme ayant une signification électorale le fait qu’un candidat soit blond ou brun ou ait les yeux bleus ou verts ?!
Un intérêt certain de la candidature d’Obama est précisément d’être un début de mise à leur place (nulle) de ce genre de considérations…
Alors, le prochain Président des États-Unis sera-t-il « noir » ?
Certes Barack Obama s’approche toujours plus de l’investiture du parti démocrate ; et les sondages le donnent vainqueur contre McCain.
Mais c’est cette façon de le qualifier : « noir », qui demande précision.
Demande de précision soulignée quand tel ou tel commentateur qui vient d’employer ce vocable se corrige régulièrement en précisant : « métis ».
Comme pour dire : « moitié noir » !
Où l’on voit que l’on tombe en permanence dans cette comptabilité d’apothicaire héritée de l’esclavage et du discours qui en est né : à quel taux de sang « noir » (c’est-à-dire « rouge », mais coulant ou ayant coulé dans les veines d’un « noir ») commence-t-on ou cesse-t-on d’être « noir » ?
Communément le discours raciste considère qu’une « goutte » de « sang noir » fait le « noir » — à savoir celui qui n’est pas né d’une union « purement blanche » !
C’est ainsi qu’on nuance, de façon à peu près autant raciste, en précisant — sous le vocable « métis » — : « moitié-noir » ! C’est-à-dire « noir » quand même, ce qui peut éventuellement être utilisé par les adversaires électoraux de Barack Obama, pour jeter sur lui le soupçon qui en ferait un « candidat communautaire ». On sait que mal en a pris aux Clinton de jouer à ce jeu : les électeurs démocrates américains ne s’y sont pas laissé prendre, faisant retomber le discrédit sur ceux qui seraient tentés par une telle manœuvre…
Étrange, sans parler de la classification esclavagiste que je viens d’évoquer — et Obama a des ancêtres paternels africains, mais qui n’ont pas été déportés outre-atlantique comme esclaves — ; étrange cette façon commune de classifier les êtres humains en « dosages » d’appartenance en fonction de leur ascendance…
Il suffit de s’interroger quelque peu pour discerner ce que cela a d’absurde.
Imaginons par exemple, sous un tout autre angle, que la mère de Barack Obama soit juive, et que son père ne le soit pas : la tradition rabbinique, qui relie la judaïté à la mère, considérerait qu’il est juif — pas moitié juif, mais 100% juif.
Cela à juste titre, me semble-t-il (quoi que l’on pense par ailleurs de l’argumentation théologique voulant qu’on soit juif par la mère). À juste titre tout simplement parce qu’on n’est pas « à moitié » quelque chose ni a fortiori « à moitié » quelqu’un !
Et puisque être juif (ou de toute autre religion) n’est pas quelque chose qui relève de la biologie, la même tradition rabbinique considérerait dans un second temps que Barack Obama n’est pas juif du tout, puisqu’il est devenu protestant, et qu’un juif n’est pas un chrétien et inversement : on est l’un ou l’autre. Obama est chrétien.
Ce qui permet aussi de dire qu’il n’est pas musulman, bien que son père l’ait été, paraît-il. Cela pour cette simple raison qu’être musulman non plus ne relève pas de la biologie, que Barack n’est pas son père, et que lui est de religion chrétienne. Cela contre ceux qui tentent de le disqualifier pour ses origines musulmanes (ce qui en outre n’est pas une tare !). La conversion d’Obama au christianisme malgré qu’il ait des ancêtres musulmans côté paternel est au contraire quelque chose d’extrême positif comme signe donné au monde quant à la validité de l’article 18 de la Déclaration universelle des Droits de Homme de 1948 : « tout être humain a le droit de changer de religion ».
Voilà donc un homme qui, quelle que soit l’origine religieuse de ses ancêtres maternels (protestants aussi, semble-t-il) ou paternels (et il est originaire à 100% des deux, pas à 50% de chacun !), est entièrement protestant (et pas « à moitié »), ce qui ne l’empêche pas d’être entièrement (et pas « à moitié ») autre chose à d’autres niveaux : par exemple 100% Américain au plan de la nationalité.
Mais aussi, quant à l’origine, 100% « blanc » par sa mère et 100% « noir » par son père. « Blanc » et « noir » étant ici des concepts — non pas de « couleur » — mais d’origine géographique quant à une ascendance relativement récente : européenne par sa mère, africaine par son père. Où l’on voit combien un concept en usage actuellement en Amérique comme celui d’ « Africain-Américain » quoique sans doute pas parfaitement adéquat, est bien plus fonctionnel que celui de « noir » !
Ce genre de concepts, comme « Africain-Américain », ou leur équivalent pour les « Asiatiques-Américains », les « Européens-Américains », ou les « Latino-Américains », est cependant insatisfaisant pour cette raison simple que de tels concepts consistent à s’efforcer de mettre en catégories ce qui nécessairement n’est pas catégorisable : les êtres humains.
Non-catégorisables quant aux origines géographiques, religieuses, etc. (On pourrait multiplier les possibilités en remontant de quelques générations.) Et a fortiori non-catégorisables en regard du taux de mélanine, qui détermine la couleur de la peau : d’où mon insistance à mettre « noir », « blanc », « jaune », etc., entre guillemets. La coloration des peaux est une série de dégradés qui, du presque noir, mais jamais tout à fait noir, au presque blanc, mais jamais tout à fait blanc — pour le dire de la sorte et en parler à partir de cette échelle-là de couleurs (qui est en fait inadéquate). Et ce dégradé de couleurs de peau n’a objectivement pas plus de signification que la couleur des yeux ou des cheveux. Aurait-on de nos jours besoin de préciser comme ayant une signification électorale le fait qu’un candidat soit blond ou brun ou ait les yeux bleus ou verts ?!
Un intérêt certain de la candidature d’Obama est précisément d’être un début de mise à leur place (nulle) de ce genre de considérations…
Alors, le prochain Président des États-Unis sera-t-il « noir » ?


J’adore ton texte !!!
Ca m’énerve toutes ces classifications qui voudraient faire passer la partie “visible” pour le tout. Le pire c’est que même les non racistes finissent par se perdre dans les qualificatifs.
Je ne sais pas si tu as entendu parlé de la pub Nova sur l’histoire du blues. Cette pub se voulait révolutionnaire en rappelant qu’il ne faut pas oublier l’esclavage quand on écoute du blues. Sur le clip, on voit le maitre blanc en train de fouetter l’esclave noir. Du cri du supplicié nait le blues. Le problème c’est la légende qui se superpose : “Une chose est sure, ce sont les Blancs qui sont à l’origine du Blues”. La pub a été interdite… pour l’image insupportable pas pour la légende.
J’ai eu une longue conversation avec une amie antillaise qui ne voyait en ce film qu’une reconnaissance de la souffrance de ses ancêtres et en sa censure un scandale.
Pour moi, dans cette pub les images sont bonnes car en effet il ne faut pas oublier et en ça, c’est scandaleux qu’on l’est censurée. Mais la légende qui accompagne les images elle est une insulte qui ne peut qu’alimenter le moulin des racistes. Car encore une fois, dans ce discours ce qui ressort c’est la supériorité supposée des “blancs”, qui fait que les “noirs” seraient incapables d’inventer quoique ce soit sans eux.
Mon amie ne comprenait pas que si la légende avait été par exemple : “Et de l’esclavage est né le Blues”, sans parler de noir ou de blanc, ça aurait donné à la pub un caractère plus universel qui respectait le devoir de mémoire au lieu d’alimenter les discours xénophobes.
Je comprends qu’on puisse être fier de sa couleur comme on est tous fiers (ou non) de ses origines, mais tant qu’il y aurait des revendications “sectaires” il y aura du racisme “chromatique”.
J’ai l’habitude de dire : “Qu’il soit noir ou blanc, un con est un con”
me revoilà : il y a quelques temps j’ai posté sur Troisième Génération (blog participatif ouvert à tous ! Si le cœur t’en dit), une interview de Liliam Thuram : http://troisiemegeneration.over-blog.org/article-15785606.html
Je rejoins Madison, le texte est beau même si je dois reconnaître que je m’y suis quelque fois perdu mais je pense que tu l’as fait exprès pour illustrer le fait que tous ces qualificatifs n’ont finalement plus aucun sens. Si ce n’est pas le cas, c’est un heureux hasard.
Pour répondre à ta question, je peux affirmer sans me tromper que le prochain président des USA sera soit démocrate soit républicain…
C’est bien ça, Djé. Aucun sens. Comme le dit justement ta réponse à la question.
C’est impossible , ces racistes n’ont fait que le livrer en pàture à mac frite le républicain . C’est bien ! éspérons que lui le vétéran des geoles viets envahira l’Iran …
L’important ce n’est pas comme il est, ou d’où il vient. Mais ce qu’il fait… Et ça, encore beaucoup de monde l’ignore. Heureusement les gens évoluent et ne se font plus manipuler comme avant, c’est pour cela que M.Obama est en tête.
Plus de mille milliards ont été investis dans la guerre d’Irak… Et l’Afrique a quelques 500 milliards de dettes. L’économie mondiale plonge, nous sommes donc tous concernés, alors espérons et croisons les doigts pour le new king Obama.
desole pour moi barak obama est blanc point barre puisqu’il est moitie moitie et que son pere est blanc, l’homme est preponderant donc il est blanc