25
fév
08

Sarkozizou

Je prends le 12/13 de France3 en marche. C’est l’UMP Yves Jégo qui est en train d’expliquer un peu laborieusement : «… C’est un homme qui a du caractère. C’est un homme entier, euh… qui ne se laisse pas faire. Je dirai, c’est tant mieux pour la France. »
z
Ayant pris le journal en route, et sachant qu’on parle en ce moment des problèmes sur les stades, et notamment du racisme,… Tiens, me dis-je, c’est probablement un retour sur le coup de boule de Zidane !…

Mais n’avait-on pas appris depuis que les insultes de Materazzi n’étaient pas racistes et qu’il n’y avait pas de quoi s’énerver autant… Pourquoi Jégo revient-il là-dessus ?

Et puis la suite du reportage me fait comprendre qu’il ne s’agit pas de Zizou, mais du Président de la République.

J’ai retrouvé sur Internet (site du 12/13 – http://jt.france3.fr/1213/) le propos de Jégo en entier : « La réaction du Président de la République, elle est une réaction humaine. Euh… Voilà. Il a fait en sorte d’être compris de son interlocuteur. Euh, Nicolas Sarkozy est tel qu’il est. C’est un homme qui a du caractère. C’est un homme entier, euh… qui ne se laisse pas faire. Je dirai, c’est tant mieux pour la France. »

Retour sur Zizou. On nous avait dit à l’époque que quand même, avec ce qu’il représente, la France, il pourrait se tenir… l’exemple pour les enfants des écoles, etc. Comment leur expliquer après ça, quand Zizou lui-même ne sait pas se tenir, qu’il ne faut pas réagir à l’insulte… que c’était là une réaction et des manières de quelqu’un qui n’était pas tout à fait sorti des usages des cités…

… Mais ce n’est donc pas de ça qu’il est question à présent. Ici, on a affaire à un homme qui a eu « une réaction humaine », une de plus. Après la réaction contre la racaille, celle du dialogue avec les pêcheurs genre « descend si t’es un homme », voilà parmi les vaches, le « casse-toi pauv’ con ».

Rien que de très humain, en effet. N’empêche que parlant d’humain trop humain, on finit quand même par se demander, avec crainte et tremblement : à quand le coup de boule ?


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)