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Le Pentempire : du Kosovo au Ghana

 

 

Petit rappel sur le Pentempire — qu’est-ce que le Pentempire ?

Je reprends l’explication que j’en donnais en 2004 (cf. le 2e article ci-dessous), aux moments chauds de la crise franco-ivoirienne :

Le Pentempire est en quelque sorte l’extension mondialisée de l’ancien Empire romain à vocation universelle. À partir de la conversion de l’Empire romain à la religion chrétienne, se met en place de ce qu’on a appelé la « pentarchie », cinq « métropoles » chargées de la gestion du monde : Rome pour l’Occident, la capitale Constantinople pour le monde byzantin et slave, Alexandrie pour l’Afrique, Antioche pour l’Orient, et Jérusalem « patriarcat métropolitain » honorifique. Un statu quo était admis concernant les aires d’influence, non sans frictions sur les zones tampons. En Occident Rome organisait ce qui deviendrait le Saint-Empire.

Passé révolu que tout cela. L’ancienne Chrétienté a disparu. Les nations rassemblées par le Saint-Empire et autres organismes antiques similaires, auxquels se sont ajoutées les nations d’autres sphères d’influence religieuse, autres que d’influence chrétienne, se sont unies sous une nouvelle houlette : le « Pentempire ». Le Pentempire est donc bien plus vaste que toute entité antécédente du même ordre. Il rassemble non seulement l’ancienne Chrétienté, mais aussi l’ancienne Oumma, l’ancien Empire chinois du Milieu, etc. À sa tête, cinq « métropoles » : Washington, Londres, Pékin, Moscou, Paris. Cinq métropoles aussi infaillibles que l’antique Saint-Siège romain. Comme lui, elles sont incondamnables : elles ont le « droit de veto », avec comme premier usage, nécessairement, celui de faire obstacle à toute condamnation éventuelle d’elles-mêmes.

Chacune a ses aires d’influence, avec, comme antan, des frictions sur les zones tampons. Comme Charlemagne se voyait octroyer le droit de soumettre les Saxons à la Chrétienté par le sabre, chacune des métropoles du Pentempire a le droit de soumettre quiconque ose ciller dans son aire d’influence. Et pour cela, obtient tôt ou tard le mandat du Saint-Siège onusien (infaillibilité, ou veto, oblige) : le Saint-Siège onusien a, bon gré mal gré, accepté le rôle de Washington et Londres au Moyen Orient ; Pékin agit sans trop de contraintes au Tibet ; Moscou a obtenu le mandat de l’ONU pour « s’interposer » dans le Caucase entre les États qui gênent ses entournures et les rébellions qu’elle a suscitées pour les déstabiliser et n’est pas trop condamné concernant la Tchétchénie ; et Paris rédige les résolutions onusiennes concernant l’Afrique.

Et comme au Moyen Age : qu’aurait signifié pour les cathares d’en appeler à Rome, qui les avait voués à la Croisade, contre les exactions des Croisés ? Que signifiait en 2004 pour le Régime ivoirien démocratiquement élu d’en appeler, contre une France qui n’avait négligé aucun moyen à son encontre, au Saint-Siège du Pentempire ? C’est l’armée française qui avait tiré sur des manifestants ivoiriens non armés — tuant des citoyens d’un État souverain —, et c’est la Côte d’Ivoire qui, à la demande de Paris, bien soutenu, s’était vu imposer des sanctions onusiennes !

Aujourd’hui, à quoi assiste-ton en ex-Yougoslavie ? À une dislocation en fonction de tiraillements entre deux zones d’autorité du Pentempire : Moscou face à Washington-Londres-Paris — où se retrouvent les frictions anciennes de deux métropoles de la Pentarchie médiévale, Constantinople d’un côté et Rome / Saint Empire romain germanique de l’autre : n’oublions pas que l’éclatement a commencé par la Slovénie catholique (puis la Croatie) que le Vatican et l’Allemagne ont été les premiers à reconnaître — au grand dam de Moscou.

On pourrait aussi mentionner le cas ukrainien avec une « révolution orange » encensée par les médias occidentaux derrière leurs pouvoirs, mais honnie par Moscou, qui leur préférait les « bleus ».

Phénomène qui se reproduit avec le Kosovo, dont l’indépendance est farouchement refusée par Moscou, mais est d’ores et déjà reconnue par les trois capitales occidentales du Pentempire (un peu gênées aux entournures toutefois par ceux de leurs pays qui craignent que ce phénomène indépendantiste ne fasse boule de neige — comme l’Espagne avec ses Basques et ses Catalans). Chose redoutable pour l’Afrique, de même.

Et que se passe-t-il au Ghana ? — qui vient de passer des… accords de Défense avec les États-Unis, sans prendre la leçon concernant les accords de Défense de la zone africaine du pôle francophone du Pentempire, qui, depuis quarante ans, servent Paris plus que les populations (les Ivoiriens en savent quelque chose depuis 2002/2004). Les accords servent Paris et par ricochet les pouvoirs soumis à leur métropole pentimpériale propre — cf. récemment Déby. Les opposants tchadiens en savent aussi quelque chose, qui ne doivent quelque écho en haut lieu sur leur emprisonnement qu’à la circulation Internet rapide de l’information.

Lieu de friction au Tchad quoi qu’il en soit, entre deux pôles du Pentempire : Paris-Washington face à Pékin, en regard du Soudan voisin.

Où la structure de commandement américaine au Ghana anglophone — car « ce n’est pas une base militaire, mais une structure de commandement ! » — ressemble simplement à un pion avancé dans une zone de friction possible entre deux métropoles du Pentempire — Paris et Washington.

Mais que va donc faire le Ghana dans cette galère ? — dont son voisin ivoirien essaye (ou a essayé ?) de se dégager — et au moment où Paris trouve que ses accords de Défense commencent à n’être pas d’un très bon effet (parlant de « les renégocier » — que ressortira-t-il de cette « renégociation »… ?)…

 

 

vendredi, 17 décembre 2004 :
L’ONU ou le Pentempire

La conversion de l’Empire romain débouchait sur la mise en place de ce qu’on a appelé la « pentarchie », cinq métropoles chargées de la gestion du monde : Rome pour l’Occident, la capitale Constantinople pour le monde byzantin et slave, Alexandrie pour l’Afrique, Antioche pour l’Orient, et Jérusalem patriarcat honorifique. Un statu quo était admis concernant les aires d’influence, non sans frictions sur les zones tampons. En Occident Rome organisait ce qui deviendrait le Saint-Empire.
Passé révolu que tout cela. L’ancienne Chrétienté a disparu. Les nations rassemblées par le Saint-Empire et autres organismes antiques similaires, se sont unies sous une nouvelle houlette : le « Pentempire ». À sa tête, cinq métropoles : Washington, Londres, Pékin, Moscou, Paris. Cinq métropoles aussi infaillibles que l’antique Saint-Siège romain. Comme lui, elles sont incondamnables : elles ont droit de veto, avec comme premier usage, nécessairement, celui de faire obstacle à toute condamnation éventuelle d’elles-mêmes.
Chacune a ses aires d’influence, avec comme antan, frictions sur les zones tampons. Comme Charlemagne se voyait octroyer le droit de soumettre les Saxons à la Chrétienté par le sabre, chacune des métropoles du Pentempire a le droit de soumettre quiconque ose ciller dans son aire d’influence. Et pour cela, obtient tôt ou tard le mandat du Saint-Siège onusien (infaillibilité, ou veto, oblige) : cela ne saurait tarder pour les actions de Washington et Londres. Pékin agit sans trop de contraintes au Tibet. Moscou a obtenu le mandat de l’ONU pour « s’interposer » dans le Caucase entre les États qui gênent ses entournures et les rébellions qu’elle a suscitées pour les déstabiliser. Tout comme Paris pour l’Afrique.
Et comme au Moyen Age : qu’aurait signifié pour les cathares d’en appeler à Rome, qui les avait voués à la Croisade, contre les exactions des Croisés ? Que signifie aujourd’hui pour le Régime ivoirien démocratiquement élu d’en appeler, contre une France qui n’a négligé aucun moyen à son encontre, au Saint-Siège du Pentempire ? C’est l’armée française qui a tiré sur des manifestants ivoiriens non armés — tuant des citoyens d’un État souverain —, et c’est la Côte d’Ivoire qui, à la demande de Paris, bien soutenu, se voit imposer des sanctions onusiennes !

 

 


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)