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avr
08

Mieux vaut tard que jamais (2)

 

 

 

Non, je ne vais pas reparler du PS et de la reconnaissance par Lang et Le Guen de ce que le suivisme médiatique du parti à l’époque de l’excommunication des socialistes ivoiriens avait été indigne.

Je ne m’arrêterai pas sur la nouvelle sortie de François 1er : « l’état (du PS) c’est moi — pardon — c’est nous » — ; Hollande employant à présent le pluriel de majesté : « “Nous” restons à distance » du FPI ivoirien…

Non : je pense au propos de Sarkozy à Londres sur l’Afghanistan : « nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ». Mieux vaut tard que jamais !

Voilà des décennies que dans le monde arabo-musulman, on favorise les islamistes contre les laïques. Jusqu’au 11/09 et même après — cf. la seconde guerre du Golfe, pour ne rien dire de la Turquie.

Tout cela pour entendre dire enfin, après le discours de Ryad louant les bienfaits de « la religion » : « nous ne pouvons pas nous permettre de perdre » contre l’islamisme. Il était temps !

À « l’origine », on a préféré aux laïques de l’arabisme les pétro-monarchies islamistes. Par la suite, c’est leur mouvance qui a mis la main sur l’Afghanistan (les Afghans les appellent « les Arabes »).

À « l’origine », à la grande satisfaction des pétro-monarques, on s’en est pris à Nasser. Certes, et en outre contre le droit international élémentaire, il ne reconnaissait pas Israël. Mais les pétro-monarchies le reconnaissaient-elles vraiment ? Une telle reconnaissance était-elle vraiment plus difficile à Nasser qu’aux pétro-monarques ?… On ne refera pas l’histoire. Mais le laïque Arafat lui-même n’a-t-il pas fini par reconnaître le droit d’Israël à exister à côté d’un État palestinien ? Reconnaissance que refusent à présent les islamistes du Hamas.

On était alors à l’époque où Bourguiba pouvait se permettre de manifester sa laïcité en buvant un jus d’orange en plein ramadan. Serait-ce encore possible à l’heure où c’est de plus en plus difficile, même en Turquie ! — sous le silence de l’Europe.

Depuis de l’eau — et du sang — a passé sous les ponts. On a soutenu militairement, parmi les résistants afghans, les talibans contre les Russes. On les a soutenus jusqu’après la fin de l’empire soviétique — Washington l’a fait de façon explicite jusqu’au 11/09 !

On a protégé les dictatures pétro-monarchiques contre la dictature — dictature certes, mais laïque — irakienne après la parenthèse de son soutien contre l’Iran (apparemment on la jugeait moins dictatoriale à cette époque où elle gazait les Kurdes). Ici aussi, les ouvertures en matière de Droits de l’Homme et de reconnaissance d’Israël eussent-elles été plus difficiles qu’elles le sont aujourd’hui aux islamistes ? On ne refera pas l’histoire…

On a détruit toute velléité de laïcité en Irak en favorisant la montée des islamismes lors de la deuxième guerre du Golfe — la France s’est heureusement refusée à cette seconde guerre — au moment toutefois où elle appuyait en Côte d’Ivoire une rébellion prête parfois à se réclamer de Ben Laden (sic!) au prétexte qu’elle aurait été menacée de « génocide » (sic !) par le pouvoir légitime et démocratique ! (Cela sous les applaudissements de Hollande…)

Le monde est-il plus sûr (pour reprendre la formule bushienne) quand la laïcité apparaît comme l’ennemi du monde arabo-musulman ?

Il ne semble pas, finalement : l’homme qui a vanté à Ryad les mérites d’une religion au nom de laquelle on y lapide les femmes — tout de même ! — le dit aujourd’hui : « nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ». Eh bien, on ne peut qu’être d’accord : « nous — ou plus précisément Hamid Karzaï — ne pouvons pas nous permettre de perdre ».

L’alternative à Hamid Karzaï, pour l’Afghanistan, est de cet ordre — attention : il s’agit d’images d’une horreur insoutenable, celles du lynchage/lapidation d’une jeune fille (qui n’a pas eu lieu en Afghanistan); personnes sensibles s’abstenir — :
http://video.google.fr/videosearch?q=lapidation&sitesearch=

Il sera certes heureux qu’il y ait, peut-être, après le débat sans vote de mardi dernier, au sujet de l’engagement de la France un débat avec vote à l’Assemblée nationale — la France restant une démocratie. Mais il serait regrettable qu’à cette occasion l’on confondît l’inadmissibilité de perdre avec les velléités sarkoziennes de réintégration de l’Otan, et que l’on en fît un prétexte pour envisager l’hypothèse d’une défaite face à ce contre quoi, décidément, nous — ou Hamid Karzaï — « ne pouvons pas nous permettre de perdre ».

 

 

 


3 Réponses vers “Mieux vaut tard que jamais (2)”


  1. Vendredi 4 avril 2008 à 6:59

    Velléités sarkoziennes, tel est justement le problème… Moi qui déteste la guerre et qui avait apprécié le non engagement de Chirac en Irak, j’ai bondi aux annonces du Roi des Mouches. Ton point de vue est cependant intéressant quand on se place sur le plan du silence face à l’étouffement de la laïcité par l’islamisme galopant… cependant je serais plutôt comme Ghandi à toujours préféré la raison, la paix, la sagesse…
    Et puis encore une fois, venant de Sarko… ça me fait peur ! On a l’impression que tout comme Bush, il veut partir en croisade !

  2. Vendredi 4 avril 2008 à 7:23

    Problème terrible effectivement, Madison, d’autant plus qu’on sait qu’au regard de l’histoire, nos dirigeants ne sont pas sans responsabilité dans cette situation épouvantable ; et du coup peut-on laisser tomber ceux – et celles ! – qui sont emprisonnés dans une telle impasse ? En fait j’espère d’abord que les débats à l’Assemblée nationale deviennent l’occasion de distinguer ce problème de sa confusion avec l’intégration de l’Otan : la vraie solution serait effectivement dans la ligne Gandhi ou M. L. King, mais je crains que les victimes de l’islamisme aient de la peine à concevoir cela (désespoir ? résignation ?)… Je désespère à la vue de foules qui manifestent contre des dessins ou des films – tandis qu’un silence de plomb répond aux horreurs genre lapidations…

  3. Vendredi 4 avril 2008 à 9:52

    “Je désespère à la vue de foules qui manifestent contre des dessins ou des films – tandis qu’un silence de plomb répond aux horreurs genre lapidations…”

    ta dernière phrase résume l’état de désinformation avancée dans laquelle se trouve nos sociétés, occidentales comme méridionales.


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)