18
avr
08

La fin de la faim…

 

 

… Passera-t-elle par l’énonciation claire de ce qu’un chat est un chat ?

Il ne fait mystère pour personne que le débridement libéral comme idéologie unique est derrière la hausse insupportable des prix des produits alimentaires de base.

Il n’est pas jusqu’au FMI qui n’en soit à invoquer les mânes de Roosevelt — le « New Deal » ! C’est dire ! Le FMI dont il n’est pas mystérieux que ses fameux PAS (Plans d’Ajustement Structurel) ont joué un rôle essentiel dans l’enfoncement des pays du Sud. Mal en a pris aux «bons élèves» qui ne s’en sont que plus enfoncés.

Nommer un chat un chat. Le «chat» que l’on évoque à présent en réclamant à cor et à cri l’interventionnisme des pays riches a un nom explicite : «New Deal» ! c’est-à-dire planifier ; et derrière — si on tire plus sérieusement la queue de ce chat — pointent : collectivisme, socialisme, voire communisme ! Oh les gros mots !

Le problème avec le libéralisme — et à ce point je m’interroge sur le libéralisme dans l’idéal, un libéralisme qui favoriserait la concurrence et donc le développement —, le problème est que l’idéal dont il se réclame semble n’atteindre que difficilement le concret.

Au concret ce que l’on en voit est la liberté du renard dans le poulailler. Quelques grands groupes, appuyés par des États qu’ils ont mis en dépendance, gèrent une économie sans autre boussole qu’eux -mêmes — quitte à promouvoir des privatisations consistant à vendre à des groupes nationalisés de pays riches — ainsi la «privatisation Ouattara» des télécommunications ivoiriennes, passées à… France Télécom, alors groupe nationalisé en France !

La chute du mur de Berlin avait suscité un grand enthousiasme — largement à juste titre, certes. On mesure aujourd’hui le contre-effet de cette «fin de l’histoire»… La faim !

Où le «mea culpa» sans vergogne du FMI et consorts permet de se demander si cet enthousiasme était suffisant. Les «petites erreurs d’appréciation» du FMI et consorts auxquels ce moment historique a laissé les mains libres, ont plongé des millions de personnes dans la guerre et la faim ! Les «petites erreurs» au service des grands groupes seront peut-être dans l’avenir mesurées en termes de crimes.

Aujourd’hui, au «service de la dette», des pays entiers, qui ont muté leur agriculture vivrière en tout et autre chose au service de la mondialisation, se voient contraints d’importer la nourriture de base au prix fort entretenu par les mêmes qui organisaient les «petites erreurs» et qui n’ont pas cessé de spéculer — aujourd’hui sur le riz…

Où l’on risque de renouer avec les lendemains qui… déchantent. Sauf à les organiser en révolutions (un chat est un chat) à proportion de ce qu’il est peut-être trop tard pour réformer les structures et les mœurs de l’organisation mondiale de la misère.

Où il s’agit de prendre d’ores et déjà la leçon de l’écroulement antécédent, celui de l’ancien socialisme. Il s’est écroulé d’avoir été totalitaire, c’est-à-dire essentiellement d’avoir prétendu créer un «homme nouveau» — et en corollaire d’avoir interdit la dimension spirituelle jugée anti-révolutionnaire (et d’avoir persécuté ceux qui n’y renonçaient pas).

Déjà pourtant des théologies de la libération avaient germé, heureuses promesses — providentiellement ostracisées ! par la hiérarchie cléricale d’alors, qui s’empêchait ainsi elle-même d’instrumentaliser cette ouverture spirituelle au cœur de la révolution. Car la libération, y compris comme notion spirituelle, ne saurait qu’être indûment le cheval de Troie des cléricatures et des intégrismes — qu’ils soient catholiques, musulmans ou autres.

Dans le refus des révolutionnaires d’alors de cette dimension ouverte de l’humain, s’origine le drame de la bipolarité actuelle : libéralisme matérialiste contre intégrisme (essentiellement islamiste… pour l’heure).

Aujourd’hui une reprise de pouvoir des êtres humains en leur entier, y compris leur dimension spirituelle libre (un chat est un chat) mais à commencer par leur faim immédiate, relève de l’urgence (contre la catastrophe intégriste et contre la catastrophe de la misère).

Des instruments, antécédents aux «petites erreurs», existent : ces instruments de l’expression collective internationale que sont concrètement les leviers d’Archimède des nations où s’organisent les peuples. Leur rassemblement — révolutionnaire (un chat est un chat) — contre l’organisation mondiale de la misère, relève de l’urgence appelant la fin de la faim.

 

Cf. aussi une interview de Jean Ziegler :
sur le blog Madison.
Et un autre reportage sur l’effet FMI sur le blog de Djé.

Et aussi :

 

 

 


4 Réponses vers “La fin de la faim…”


  1. Vendredi 18 avril 2008 à 6:43

    Quelle époque!!!
    Les égarements des coco russes nous privent d’une véritable alternative, les intégrismes comme l’a justement dit Obama, séduisent les déçus des systèmes, sans se démocratiser les chinois se sont convertis avec succès au libéralisme et ce dernier s’enrhume, pour ne pas dire qu’il est touché par un mauvais palu.
    Dans ce contexte trouble, l’Amérique du sud et sa récente massive conversion au socialisme ne représente t-il pas le nouveau modèle à suivre?

  2. Vendredi 18 avril 2008 à 7:57

    Je ne sais pas si la façon latin-américaine est bonne, mais pas de doute qu’elle pose une question qui vaut d’être entendue, quand on voit où nous mène le système dont droite comme gauche des pays riches s’accordent pour nous asséner qu’il est incontournable. Si c’est pour mener où l’on est, pas de doute qu’il faudra pourtant bien le contourner…

  3. Lundi 21 avril 2008 à 8:18

    le problème est que l’idéal dont il se réclame semble n’atteindre que difficilement le concret

    Lacan dans les années 60 avait dit que le capitalisme était voué à l’écroulement car il n’est basé que sur du virtuel, de l’illusion. Cette illusion a d’ailleurs était reprise par le Roi des Mouches dans son célèbre “travaillez plus pour gagner plus”. Comme si gagner plus d’argent suffisait au bonheur… Or l’enrichissement, le vrai, ne peut se faire que sur le plan “humain” (amour, sublimation, expression artistique ou curiosité scientifique, religion…) c’est la seule justification de notre passage sur terre. Le reste comme on dit, on ne l’emporte pas au paradis…

  4. Lundi 21 avril 2008 à 9:45

    Certes, Madison, on ne l’emporte pas au paradis ! Et quand on sait que l’ancien socialisme s’est écroulé face à deux revendications religieuses, la polonaise et l’afghane, avec pour conséquence le surarmement des talibans, on s’interroge sur les limites du “matérialisme”, “dialectique” ou pas. Comme le remarque Djé, un socialisme pourrait émerger de l’Amérique du Sud… foyer principal des théologies de la libération, justement…


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)