18
juin
08

À propos d’Obama…

Théo m’a “taggué”
Alors :

Merci Théo pour ta proposition de me mettre à contribution. En ‘trois’ lignes, donc :
Je retiens de ce qui se passe avec Barack Obama
- qu’il a ouvert une brèche vers une évidence : la coloration de la peau n’est jamais qu’une question de mélanine ;
- et que venant d’Afrique sans être devenu Américain par la déportation de ses ancêtres, il inaugure un universalisme pluriel, non-assimilationiste.

Le même texte corrigé :

Je retiens de ce qui se passe avec Barack Obama
- qu’il a ouvert une brèche vers une évidence : la coloration de la peau n’est jamais qu’une question de mélanine ;
- et que venant d’Afrique sans être devenu Américain par la déportation de ses ancêtres, il inaugure un universalisme pluriel, non-assimilationiste.
(Il est né Américain !… Et ‘vient’ d’Afrique ou plutôt son père… Richesse et complexité d’Obama soulignant encore l’ ‘universalisme pluriel’.)

Correction suite : évidemment tout Américain qui n’est pas “Indien” vient d’ailleurs par un de ses parents (ou par les deux) ou ancêtres relativement récents. Comme Kennedy venait d’Irlande. Lui “vient” donc d’Afrique par un de ses parents, d’une façon (qui n’est pas la déportation : il connaît sa grand-mère kenyane) qui fait qu’un aspect mémoriel/culturel africain prend place dans des lendemains politiques pesant déjà au plan mondial (autrement que par l’anthropologie !)…

Illustration médiatique actuelle : Arte repasse “Racines” (“Roots”) qui met en exergue le fait qu’un aspect des plus dramatiques de la déportation est l’éradication de la mémoire.

Tout cela sans négliger non plus la nuance de type sartrien (“le ‘noir’, c’est celui qui l’est dans le regard des autres”) : “même pour ceux qui disent que la coloration n’est pas importante, elle l’est, puisqu’ils en parlent” (commentaire de Aïda sur le blog de Théo).

*

Bref, en presque trois mots (même pas trois phrases) : complexité signifiante pour l’Afrique.


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Etc.

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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)