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juin
08

«Antisémitisme par incidence»

De caricatures «ethnologiques» en indignations impulsives des politiques, on va droit dans le mur d’un retour net au racisme antisémite, anti-Arabes et négrophobe.

Sur fond de fascination du refoulé d’un antisémitisme pas si ancien en France, on s’indigne à l’occasion du conflit israélo-palestinien et de ses effets mimétiques sur «les bandes» de jeunes Français, et on projette ce refoulé sur les Arabes et les «noirs» parmi eux…

Et déjà pointe la menace d’un retournement de l’opinion que ces indignations politico-médiatiques engourdit par leur récurrence (à l’occasion de l’«affaire» Marie-Léonie, du meurtre affreux perpétré par gang des barbares, du tabassage de samedi dernier, etc.).

Une opinion qui donne de redoutables signes d’agacement (qui se traduisent déjà par les conditionnels médiatiques ajoutés de plus en plus souvent à «antisémitisme») — agacement en forme de menace d’un risque de retournement de cette même opinion (il suffit de lire les commentaires sous les articles relatant l’affaire), qui s’est déjà lâchée en stigmatisant Arabes et «noirs», et qui pourrait n’attendre qu’une occasion genre formule «antisémitisme par incidence» pour se retourner aussi contre… les juifs : «tous dans le même sac, juifs, Arabes, ‘noirs’»…

Frantz Fanon aux «noirs» (ça vaut aussi dans l’autre sens) : «Quand vous entendez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle de vous»…

Le simplisme «ethnologique» se résolvant volontiers en : «finalement, tous dans le même sac». Développement : ici.


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)