Lu sur le site de la Fraternité Judéo-Noire de France —
http://www.fjn.123.fr/ :
« Juifs noirs, Juifs blancs :
Une bouffée d’air frais pour le judaïsme français »
(article du lundi 3 mars 2008 ) :
« Il y a quelques années, il n’y en avait pas du tout. A présent, ils sont de plus en plus nombreux, de plus en plus visibles dans les synagogues. Ils suscitent étonnement, parfois incompréhension, parfois des réactions chaleureuses. Ils, ce sont les Juifs noirs. »

Par Alexandre Feigenbaum, Vice président de la Fraternité Judéo-Noire :
« Les Juifs blancs, victimes d’une maladie culturellement transmissible
Ils sont quelques centaines en France, surtout en région parisienne. On ne s’en rend pas encore compte, mais la présence des Juifs noirs a une action dynamisante sur le judaïsme français sur de multiples points. Nous évoquons ici une action thérapeutique. Le mot n’est pas trop fort, car les Juifs français blancs sont malades dans leur identité. Malades de la shoah, malades de 15 siècles de persécution, malades de l’image négative et rétrograde dont le judaïsme est affublé, malades de l’accusation de déicide, malades de la réprobation injuste qui pèse sur Israël.
Ce qui complique le tableau clinique, c’est l’attitude globale de la société envers ses propres crimes. Certes il y a eu des déclarations du président de la République Française qui a reconnu la responsabilité de la France. Mais globalement, après avoir massacré des dizaines, voire des centaines de millions de Juifs au cours des siècles, les sociétés européennes veulent à tout prix se débarrasser de leur terrible culpabilité. La société française s’en débarrasse en la transférant … aux Juifs et en mettant en doute l’innocence de ses victimes. Cela se manifeste surtout par la relativisation de la shoah, mise en balance avec la cause arabe palestinienne.
L’argument fait mouche auprès de nombreux Juifs blancs. En effet, la pensée que l’on a massacré comme du bétail leurs aïeux innocents est insupportable à tous les peuples victimes. Il y a de quoi : c’est à désespérer de l’humanité. Si l’on a pu massacrer des innocents sans raison, alors cela pourra recommencer sans raison, à la faveur d’une récession ou d’une crise d’obscurantisme. Il est terrible de vivre avec la pensée que malgré les « plus jamais ça », un jour, une déferlante de haine comme il y en a chaque siècle vous emportera sans raison, vous, vos amis, vos enfants ou vos arrière-petits-enfants.
Apprivoiser l’antisémitisme
Une façon pathétique d’échapper à cette pensée insupportable consiste à croire à une réelle culpabilité des Juifs, pour une faute passée ou présente. Nombreux sont les Juifs qui tentent d’apprivoiser l’antisémitisme en voulant croire que ce n’est pas une haine gratuite : comme si, en modifiant notre attitude, nous pourrions délégitimer, voire annuler l’antisémitisme. Voyez tel auteur dramatique juif qui, pour nazifier les Juifs, explore les motivations des administrateurs juifs mis en place par les nazis dans les ghettos. Voyez tel militant des droits de l’homme qui, pour conjurer la shoah, préfère penser que le vrai génocide est mis en œuvre par Israël. Voyez avec quelle facilité les leaders communautaires ont cru à la culpabilité de l’armée israélienne après la diffusion de la mise en scène de l’assassinat d’un enfant arabe, en septembre 2000. Ou encore tel intellectuel qui, après chaque acte antijuif, s’empresse de prendre la parole pour expliquer que mais non, mais non, ce n’est qu’un délit de voyous.
Les Juifs blancs, malades de la culpabilité des autres
L’incapacité des victimes à nommer le crime est un dommage collatéral des génocides. L’attitude de nombreux Juifs blancs est pathétique, mais leur permet de penser que l’antisémitisme est moins monstrueux qu’en réalité. Certains se convertissent à une religion qu’ils espèrent plus tranquille. D’autres deviennent des anti-israéliens acharnés. D’autres au contraire défendent Israël comme le dernier carré du ghetto de Varsovie. Certains émigrent en Israël : vivre en Israël est plus dangereux, mais au moins cette société est solidaire et ne rend pas les Juifs responsables de l’antisémitisme.
Le regard thérapeutique des Noirs
Les Juifs noirs n’ont pas vécu dans une société qui pratique la réprobation sourde de ses victimes. Le racisme, ils connaissent aussi. Mais pour eux, la cause est évidente : c’est leur peau noire. Le jeu de la culpabilité n’y change rien.
En outre, leur façon d’aborder la judéité est différente : s’ils sont juifs, c’est leur choix et rien d’autre. Un choix pesé lourdement, un choix de leur foi. Et tant pis pour les Juifs laïques. La plupart des Juifs noirs ont simplement envie d’être juifs et d’aimer Israël.
Les Juifs noirs sont attachés à Israël parce que ce pays leur a plu et parce qu’ils ont compris que le défendre est un enjeu prioritaire en matière de droits de l’homme. Ils ont compris de suite que pour les sociétés européennes l’action humanitaire doit être une vraie priorité et non un moyen de mettre du baume sur leur propre culpabilité. Ils ont compris qu’aucun peuple n’a de justice à espérer pour lui-même tant que justice ne sera pas enfin rendue au peuple juif. Ainsi leurs espoirs pour l’Afrique et pour Israël convergent.
Cette façon si normale qu’ont les Juifs noirs d’être juifs est devenue rare chez les Juifs blancs, usés par la pression ambiante. A travers les Noirs, les Blancs comprennent qu’on peut être juif sans se surestimer ni se haïr. Ils redécouvrent une judéité positive qui fait du bien à leur âme meurtrie. La voie de la guérison ? »


J’ai lu le texte, il m’agace
Prétendre que la Shoah est “relativisée” est un procès injuste fait aux sociétés européennes. Surtout quand on voit la vigueur avec laquelle tout acte antisémite (ou supposé antisémite) est condamné. Sur le conflit israélo-arabe, dans mon esprit en tout cas, l’idée n’est pas de nier les longues souffrances des juifs mais au contraire s’interroger sur le fait qu’un peuple qui a connu dans sa chair la souffrance puisse à son tour reproduire le même scénario sur un autre peuple frère.
Dans le contexte français, que nos compatriotes, juifs blancs, noirs chinois aborigènes,indiens, ou arabes, soutiennent souvent sans concession l’Etat d’Israël, est source de frustration pour les non-juifs , car d’un côté on ne rate pas une occasion (à juste titre) de rappeler à notre bon souvenir les dangers de l’antisémitisme, mais de l’autre la complaisance vis à vis des nombreux écarts de conduite de l’Etat sioniste est de rigueur. Et dire cela ce n’est pas nier ou relativiser la Shoah et toutes les souffrances du peuple juif. C’est simplement la mettre en perspective avec le conflit israélo arabe, certes on est loin de l’horreur des chambres à gaz mais dans mon esprit en tout cas et dans celui de nombreux juifs, toutes souffrances vaut pour toutes les autres…la fameuse “non hiérarchisation des souffrances…”
Juif, noir, et de France????
Que de compartiment dans nos sociétés
on est mal barré.
Merci Djé…
Au-delà de l’imbroglio israëlo-palestinien, abordé ici sous un angle effectivement “écorché vif”, ce qui me semble rafraîchissant dans ce texte, c’est l’aspect désamorçage, par “décompartimentage”, de la mise en opposition juifs/noirs : ici c’est les deux à la fois (les juifs éthiopiens, “falashas”, sont bien placés pour savoir que ce n’est pas un scoop). Comme Maïmonide était juif arabe.
Car j’ai peur que la controverse de l’été ne débouche, de glissements en glissements, sur une recherche de “boucs émissaires” via une mise en opposition, qui donne raison à Fanon (“quand vous entendrez dire…” ) : on a déjà glissé de Val-Asko-Joffrin/Siné à BHL-Franco/Badiou ( http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/21/de-quoi-sine-est-il-le-nom-par-bernard-henri-levy_1075542_0.html ; http://camarade.over-blog.org/article-21503202.html ; http://www.liberation.fr/rebonds/342004.FR.php ; http://www.liberation.fr/rebonds/342553.FR.php ; http://www.liberation.fr/rebonds/342746.FR.php ).
Quel sera le prochain glissement ?…