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Suggestion à Pascal Bernheim

 

 


« Je vois pas ce que je pourrais faire de plus », explique Pascal Bernheim dans la vidéo où il présente ses excuses.

« Je vois pas ce que je pourrais faire de plus ». C’est cette remarque que je saisis au bond… D’autant plus que Pascal Bernheim demande des suggestions à ce sujet.

Mais qui est Pascal Bernheim ?

N’étant ni un téléspectateur de la télévision ni auditeur de la radio de la Suisse romande, je l’ignorais jusqu’à ces derniers jours. Pascal Bernheim semble y être célèbre — animateur de la SSR et co-auteur de la Revue genevoise. Je suppose que nombre de personnes informées par les médias français l’ignorent jusqu’à ce jour, sachant le silence remarquable qui entoure en France cet événement helvétique, d’une portée pourtant similaire aux affaires Siné ou Zemmour… Ou à l’affaire Dieudonné. Car l’affaire Bernheim nous ramène au cœur de l’affaire Dieudonné, précisément.

Si les médias helvétiques parlent beaucoup de cet incident, un non-Helvète n’en est informé que par Internet. En cherchant, on peut y découvrir que ce célèbre animateur de la SSR, donc, Pascal Bernheim, a commis une bourde que lui-même reconnaît désormais comme carrément raciste — dixit M. Bernheim lui-même —, cela sous prétexte — dixit toujours M. Bernheim lui-même — d’ « humour à deux balles ».

Bref, jeudi 27 novembre, lors de l’émission télé « Tard pour bar » — sorte de talk show de deuxième partie de soirée —, M. Bernheim a lancé, en guise de commentaire à l’affirmation d’un Frédéric Recrosio jugeant « Dieudonné peu futé » : « Ben c’est un nègre hein ».

La chose serait, semble-t-il, retombée dans un silence digne de médias français aux prises avec un incident qui les dérangerait, si les internautes ne s’en étaient pas emparés…

Internet diffuse, depuis, des enregistrements où l’on assiste à l’échange, qui débouche effectivement sur un silence, ou plutôt sur un passage à autre chose… Ce que dans ses excuses, M. Bernheim regrette… Si l’on avait repris son commentaire, il aurait pu s’expliquer, dit-il. Ou s’excuser un peu plus tôt, faut-il sans doute entendre. Car on ne voit pas ce qu’il eût pu expliquer d’autre que ce qu’il explique dans ses excuses enregistrées : « c’est un propos raciste sous prétexte d’humour à deux balles », tentative d’ « un second degré pour attirer l’attention et faire comprendre à Recrosio en se moquant de lui, qu’il était dans l’absurdité »… Un propos, cela dit, « qui reste raciste même dans son contexte » — reconnaît-il.

On ne peut être plus clair. Tandis que Pascal Bernheim, qui, si l’on en croit Dieudonné, refusait jusque là de le rencontrer, est prêt à le faire — sans écho, dit M. Bernheim. (voir ici)

On comprend les soupçons qui pèsent sur M. Bernheim, soupçons de livrer là des excuses opportunistes — aux internautes plus qu’à Dieudonné, ou pour éviter un procès éventuel.

Ce qui me retient ici, c’est donc l’interrogation que pose M. Bernheim, après des excuses difficiles et malaisées : « Je vois pas ce que je pourrais faire de plus » — à savoir : pour prouver que je ne suis pas raciste.

Misant sur la sincérité de M. Bernheim et de ses excuses qui du coup l’honorent, je me propose de tenter de répondre à sa demande de suggestion quant à ce qu’il y a à faire de plus.

« Mon nom ne cache pas mon origine », dit M. Bernheim. Nombre d’internautes n’ont pas manqué de le relever en précisant l’origine en question : juive.

On voit donc dès lors ce qui est en jeu en vis-à-vis de celui, Dieudonné, qui était l’objet de la discussion, de la part d’un cénacle qui, manifestement (à l’exception toutefois d’au moins une participante), ne le tenait pas en grande estime. Et de juger son humour médiocre, plus politique que drôle, etc. Aujourd’hui M. Bernheim confesse avoir fait preuve d’un humour à « deux balles ». Voilà donc que ça n’arrive pas qu’aux autres… « J’ai fait l’con » semble-t-il dire à son tour.

Dieudonné se sent sans doute moins seul, qui si l’on en croit M. Bernheim, ne s’empresse pas de répondre à ses excuses (un insulté y est-il obligé, d’ailleurs ?). Dieudonné est fondé à se sentir moins seul, tandis que M. Bernheim savoure les joies de l’exécration, ou tout au moins de la menace d’exécration.

« Que faire ? », donc, comme disait Lénine. Que faire de plus que s’excuser ? quand comme M. Bernheim, on perçoit fort bien que des excuses risquent de sembler n’être que des mots — mots qui au fond ne mangent pas de pain, diront ses adversaires. Ça coûte quand même : c’est humiliant de s’excuser…, mais au prix éventuel de l’exécration potentielle, ça peut valoir le coup !… sauf si c’est jugé bien peu coûteux pour être forcément sincère.

Reste, et c’est là le domaine de la suggestion que demande M. Bernheim, à faire valoir par des actes, concrètement par un engagement dans un sens qui rendrait indubitable qu’il ne s’agit bien de la part de M. Bernheim parlant des nègres, que de blague au second degré totalement ratée.

En guise de suggestion : M. Bernheim pourrait dès à présent, et pour commencer, lire et comprendre, en se mettant à la place de qui de droit, quelques livres brefs, comme Le Code noir ou le calvaire de Canaan de Louis Sala-Molins, ou Férocité blanche de Rosa-Amelia Plumelle-Uribe, ou encore, parmi les classiques, le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, par exemple… Et on pourrait multiplier les exemples.

Que M. Bernheim, pour commencer, se plonge donc sérieusement dans un ou deux des nombreux livres brefs à disposition et qu’il en fasse une recension (qui n’en soit pas une caricature révisionniste) dans un journal, ou dans une émission télé. Que M. Bernheim montre donc en premier lieu qu’il comprend qu’il n’y a là pas lieu de faire d’emblée de l’humour au second degré, sauf à avoir d’abord pesé le poids de la souffrance engendrée par ce type d’humour entendu au premier degré. (Pour rassurer M. Bernheim : il n’est pas le premier : Montesquieu déjà jugeait qu’il y avait là matière à humour au second degré…)

Alors, dans un second temps, M. Bernheim pourra modifier son engagement — dont je ne doute pas qu’il soit universaliste — dans le sens d’un élargissement de ses vues sur l’humanité.

Alors M. Bernheim pourra entrer résolument dans la dimension d’un dépassement de la concurrence des mémoires et faire sienne la leçon de Frantz Fanon aux… nègres : « quand vous entendrez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle de vous ».

Quand de tels éléments de la pensée universelle seront partie évidente de la pensée de M. Bernheim, alors l’incident qui ne fait pour l’heure que blesser son narcissisme anti-raciste, sera devenu pour lui l’occasion d’être une pierre à l’édifice d’un monde moins disharmonieux.

C’était une simple suggestion sur ce que M. Bernheim « pourrait faire de plus ».

 

 


1 Réponse vers “Suggestion à Pascal Bernheim”


  1. Mardi 9 décembre 2008 à 7:26

    Merci d’avoir porté à notre connaissance cette affaire. Car c’en est bien une malgré le mustisme des cousins français qui ne s’empressent pas à faire le rapprochement avec l’affaire Dieudonné qu’ils ont médiatisée pour mieux descendre l’homme.
    Je parie qu’en Suisse, personne ne prendra le risque d’isoler cet humouriste. Qu’importe ! La meilleure façon pour Dieudonné de ne pas marcher dans la bêtise serait de garder le silence ; une façon de traiter ce fait par le mépris.


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)