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Psycho(patho)logie du négationnisme

Les affaires actuelles de censure (et de hacking ?) de certains blogs Nonobs — tournent-elles autour des limites, frôlées ou atteintes par certains, de la loi Gayssot (et de la loi Pleven) ?

Les disparus pour cause de censure (si c’est bien ce qui leur est arrivé) ont-ils tourné autour de cette tentation-là ?… Entraînant de loin en loin des disparitions en chaîne de blogs comme le mien, s’inscrivant en faux contre le négationnisme ?

(Il ne serait pas inutile que l’on soit informé par Nonobs-Netino : pour éviter supputations interminables et paranoïa. Le fait que le récent départ de mon blog Nonobs en 404 ne soit pas le fait de la censure – ou au moins pas de la part de Netino, y dit-on – m’a enfin permis de cesser de chercher une logique commune des censures… où il n’y avait rien à chercher !)

Des explications claires permettraient des recentrages du débat sur des problèmes tels que le négationnisme, justement (si c’est ce dont il s’est agi ?!)… et ce qu’il signifie : catastrophique.

Si telle est l’explication de telles censures, le débat n’aurait-il alors pas été avorté par manque d’information par Nonobs-Netino ?

Eh bien, puisqu’on tourne autour du sujet, je m’en saisis quand même : trop grave ! Et soulignant encore la gravité du silence qui a fait dériver plusieurs d’entre nous dans des zones d’explication bien dérivées…

Car voilà que le négationnisme du génocide des juifs est en train de se banaliser, du Caire des islamistes jusqu’à tel séminaire intégriste catholique argentin…

Voilà qu’il est en train de se banaliser au défi de toute rationalité — risquant d’augurer de lendemains effrayants.

Il est urgent de multiplier les analyses du phénomène : j’y vais donc de mon grain de sel, pour dégager trois sources du phénomène de surgissement du négationnisme du génocide des juifs :
- la volonté des nazis de masquer leur crime
- sa mise en usage dans le conflit israélo-palestinien
- le déficit médiatique mis en œuvre.

Au départ le négationnisme du génocide des juifs par les nazis est tout simplement une des façons pour les bourreaux de tenter de masquer leur crime. Gageons que s’ils eussent été vainqueurs, la disparition des juifs (d’Europe, voire plus) eût trouvé dans les livres d’histoire, si tant est qu’on les y mentionnât, d’autres explications que celle d’un génocide, qui eût été officiellement inavéré !

La défaite des nazis n’a pas empêché cette façon classique des bourreaux de se disculper de se faire une place — d’abord timide, tant c’était énorme et strictement incroyable, puis le temps passant, malgré la présence continue de survivants, le trou s’est creusé, comme moyen pour les bourreaux subsistant de se donner une possibilité d’affronter les miroirs. Car ce négationnisme originel a des fondements enfouis dans la psychologie profonde de plusieurs bourreaux : « ils ne savaient pas ce qui se faisait », « ils ne faisaient que leur boulot », etc…

Tandis que le temps passant, on grimait ce négationnisme sous le nom de «révisionnisme».

Et puis, le temps passant inexorablement, le trou s’est agrandi, et plus particulièrement à l’occasion du conflit israëlo-palestinien.

L’exacerbation de l’inimitié, comme dans tout conflit, a fouillé vers ce qui pouvait blesser — et quoi de plus blessant pour un juif que de le traiter de nazi !

Et les violences de la guerre, celles venant des juifs, en sont venues à être comparées à un génocide (le terme n’est-il pas employé ?)… occasionnant la découverte de plus en plus évidente de cette blessure tournant autour de la Shoah, et plus encore de sa négation.

Où des blessés palestiniens, ou arabes solidaires, hurlent leur blessure en invoquant tour à tour la comparaison du conflit avec Israël avec le conflit contre les nazis, et donc la comparaison des bombardements israélien avec les crimes nazis, et la négation de ces mêmes crimes nazis. On nage en plein irrationnel, le propos n’étant pas d’être rationnel, mais de blesser en hurlant sa souffrance.

Ce faisant, un boulevard s’ouvre, à l’appui des plus de 60 ans déjà passés, où ce propos irrationnel rejoint l’ancienne (et actuelle) volonté des nazis de masquer leur crime…

Tout cela pour un négationnisme qui trouve appui dans le déficit médiatique qui a fait des ravages depuis plusieurs années déjà… des charniers de Timisoara à la défense hexagonale et médiatique des bourreaux du Rwanda.

Où s’ajoute à tout cela l’usage qui est fait par les pouvoirs de ce qui s’assimile aisément à de la propagande, qui mène à terme à ne rien croire de ce qu’ « on nous dit ».

N’a t-on pas lancé l’armée française dans les rues d’Abidjan au prétexte, appuyé souvent de façon passionnée par le public français, d’un présumé bombardement aérien sur un camp français, déclenchant une destruction totale de la flotte aérienne ivoirienne, et naturellement une réaction de la rue abidjanaise ? Seul problème, cela s’est fait avant toute enquête, sur la seule affirmation – reprise en boucle par les médias – des autorités françaises, qui depuis refusent toutes les enquêtes que demandent à cor et à cri et les enquêteurs ivoiriens et les familles des soldats français ? Comment croire des médias qui servent de cette façon ?

Or tout le monde en France croit savoir que la version première est la seule bonne ! Le moindre doute multiplie les doutes, contribuant à ne même plus croire ce que tout le monde verrait.

Pensons que les attentats de New York du 11 septembre 2001, vus en direct dans le monde entier, puis revendiqués par Al-Quaïda, font l’objet de doutes! Le discrédit des discours médiatiques en est là!

Que dire alors de ce qui s’est passé il y a plus de 60 ans ! Où le subjectivisme le plus radical vient appuyer les discours les plus irrationnels, et les troubles psychologiques des anciens bourreaux nazis !

Or la réaction médiatique la plus fréquente est elle aussi parfaitement irrationnelle, consistant schématiquement à répliquer : la Shoah c’est sacré, on ne touche pas ! Ce que les négationnistes ont parfaitement perçu, jouant de l’opposition de deux irrationalités : la leur, religieuse (pour les islamistes comme pour Williamson – pensons pour le pôle islamiste aux caricatures façon européenne et façon Ahmadinejab), face à celle qui sacralise le monstrueux à quoi on ne touche pas !

L’impasse est redoutable, qui se nourrit des délires répercutés à l’envi d’une Marie-Léonie, et de fil en aiguille, de la recherche d’aiguille dans la botte de foin nommée Siné, pour le fiasco que l’on sait de ses adversaires. Ce faisant un antisémitisme de plus en plus irrationnel se nourrit à tout cela, accentué en outre par toute une intelligentsia tout aussi médiatique qui en rajoute dans le côté intouchable de la chose. Et de nous parler de concurrence des mémoires dès que l’on invoque d’autres crimes contre l’humanité — comme s’il y avait encore une hiérarchie à de tels degrés de l’horreur.

Où l’on somme Aimé Césaire de se taire quand il dévoile cette racine de la Shoah : « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens »
(Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme).

Ce faisant, on assourdit aussi la voix de Frantz Fanon avertissant les colonisés : « quand vous entendrez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle vous ».

À ce point on a empêché tous ces opposants au négationnisme — qui savent que l’horreur est possible parce qu’ils l’ont vécue aussi, ils en ont vécu une autre — d’élever leur voix pour crier contre ce qui les scandalise au plus profond : la négation de la souffrance.

Elles sont là les trois sources du négationnisme du génocide des juifs :
- la volonté des nazis de masquer leur crime
- sa mise en usage dans le conflit israélo-palestinien
- le déficit médiatique mis en œuvre.


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)