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Libération de Paris. On revient de loin

FrankreichSur son blog, Théo signale sous le titre «Une ingratitude héréditaire», un article de Afrik.com qui relaie une information de la BBC concernant la Libération de Paris. Titre de l’article de Afrik.com «Libération de Paris : les Alliés ont écarté les soldats noirs sur requête de De Gaulle».

En attendant l’écho de cette information — sera-t-elle répercutée ? Sera-telle étouffée ? Elle finira de toute façon par percer — l’article permet de mesurer combien on revient de loin, et combien la victoire de 1945 a eu, a, et aura des effets imprévus. Des effets dévoilant le cœur du sens de cette victoire : l’abattement du racisme, du racisme nazi sous sa forme antisémite en premier lieu, comme expression du racisme nazi en général.

C’est ce cœur de la victoire des Alliés qui se dévoile de jour en jour. Une victoire des troupes alliées parmi lesquelles, dans les troupes françaises, étaient une majorité d’Africains — à l’instar des troupes américaines concernant les Afro-descendants, plus peut-être que dans les troupes américaines. Globalement 60 % pour les troupes françaises selon la BBC.

On sait par ailleurs que ce qui glace désormais au cœur du conflit mondial : le génocide perpétré par les nazis principalement contre les juifs — on sait que cela n’a été perçu qu’avec quelque vingt ans de recul. Les premières années passaient ce cœur du second conflit mondial au second plan !

On percevait d’abord des victoires nationales, celles des nations alliées, contre l’Allemagne nazie.

Il apparaît de plus en plus clairement que le racisme abattu était largement partagé, plus que par la seule Allemagne vaincue ! — ce racisme dont la pointe d’émergence en Europe était l’antisémitisme. Pointe d’émergence d’un racisme qui plongeait ses racines au-delà, dans tous les continents conquis…

L’information de la BBC confirme à nouveau — si besoin était — la justesse d’analyse d’Aimé Césaire concernant «le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent» dû aux exactions coloniales qui débouchent sur ce «formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets. On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens.» (Discours sur le colonialisme).

Fanon aussi avertissait, par son fameux : «quand vous entendrez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle de vous»

C’est cela qui deviendra de plus en plus criant — la victoire des Alliés, est, en grande partie à leur insu, d’abord la victoire sur les théories des races qu’ils n’ont pas manqué de partager aussi !

C’est cela qui est au cœur des commémorations anniversaires de la Libération !


1 Réponse vers “Libération de Paris. On revient de loin”


  1. Jeudi 16 avril 2009 à 7:48

    Salut Delugio,

    Accepterais-tu un entretien avec moi ? Entretien qui sera ensuite publié sur mon blog. Tu peux voir sur mon blog celui que j’ai publié il y a quelques mois. Si j’ai ton accord, je te ferai parvenir mes questions. Il n’y a rien d’urgent. Je vais réfléchir à mes questions dès que j’aurai ton accord.


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)