20
juin
09

“Burqa”

Il aurait été évidemment préférable qu’une telle “solution” restât inutile. Mais pour cela, la raison aurait dû l’emporter sur la crise identitaire, qui trouve pour s’exprimer de tels relais ! En l’état où en sont les choses, quand un reliquat archaïque marquant l’assujettissement des femmes se trouve ainsi promu… Évidemment qu’il faudra l’interdire ! (Quelque minoritaire que soit éventuellement le phénomène : un seul cas d’assujettissement est déjà un cas de trop !)

Mais il faudra commencer par clarifier les choses — d’où l’utilité du débat requis. Et en premier lieu il faudra clarifier les termes de l’appel de Gérin mélangeant tout et parlant carrément d’emblème “anti-blancs”. Si l’on commence comme ça, il y aura du boulot !

Le mot de trop, à même de griller le combat de Gérin : “anti-blancs” ! Quel rapport ?! Allez dire aux Nigérianes que ceux qui dans leur pays se sont fait émules des “salafistes” pourchassant les “noirs” au Soudan, et qui veulent contre toute la tradition africaine “noire” les cacher sous des oripeaux inventés par des “blancs” du Proche-Orient… Allez leur dire qu’ils veulent les engrillager parce qu’ils sont “anti-blancs” !!! (Où l’on rejoint la lourdeur de la France de 2003-2004 choisissant — à l’appui de quelle bien-pensance ? — de prendre, de fait, parti contre le camp laïque en Côte d’Ivoire / ce face à quoi mon blog, dans son désert, s’est évertué à palabrer.)

Au bout du compte, un tel méli-mélo rhétorique mayonnaisant “anti-blancs” et “burqa”, travaille POUR les salafistes, pour en faire le ralliement de tous les déclassés : dire “anti-blancs” pour dénoncer l’”anti-France” — c’est dans le propos de Gérin ! — comme si “Français” équivalait à “blancs” ! On sait d’où vient le vocable “anti-blancs”, vocable idéologique auquel certaines des cibles de cette idéologie se sont laissé piéger, qui, se croyant “blancs” parce que leur peau est claire, se muent en supplétifs de l’idéologie de la blancheur… Jusqu’au jour où les promoteurs de ladite idéologie leur dévoileront que, comme antan, eux non plus ne sont pas considérés comme “blancs” (et on en est déjà un peu là puisque qu’on considère d’emblée des “salafistes” de peau blanche comme “non-blancs”)…

niqabToujours dans l’ordre du méli-mélo, de grâce, que l’on ne nous resserve pas le sempiternel “signe religieux” ! Non ce n’est pas un signe religieux, mais un signe d’assujettissement des femmes : ça vaut pour le simple voile (“hidjab”) et a fortiori pour l’encapitonnage (“niqab”) surtout s’il est renforcé d’un grillage (“burqa”) !

Autant de marques — plus ou moins prononcées —, antérieures à l’islam, d’assujettissement des femmes.

C’est dans ces cultures antiques-là que se sont développés aussi, auparavant, les usages chrétiens du voile, comme pour les bonnes sœurs. À part que là c’est la marque de soumission à leur “époux céleste” — et que du coup, ce n’est plus assujettissement des femmes à un homme, mais que c’est vraiment, pour le coup, un signe religieux ; lié toutefois à une culture, celle du voile comme signe de soumission d’une femme à son époux, ou futur époux. C’est pourquoi, on sait que nombre de bonnes sœurs d’aujourd’hui, toujours soumises à leur “époux céleste”, ne s’embarrassent pas pour autant d’un signe si évidemment lié à une culture qui n’est plus la leur : tous savent que nombre de bonnes sœurs vont tête nue, comme les prêtres ne portent plus ce vêtement devenu folklorique qu’est la soutane (encore que certains y reviennent…).

Bref, à part pour les femmes célibataires (bonnes sœurs soumises à l’”époux céleste”), lorsqu’elles le portaient encore, le voile n’a pas à être reçu par l’État laïque comme un signe religieux — État laïque qui n’a dès lors pas d’autre question à se poser que celle de savoir si un tel signe de soumission à l’homme est conforme au principe d’égalité : ce qui n’est évidemment pas le cas.

La France devra donc prendre ses responsabilités de République laïque quitte à affronter à ce titre l’Europe — qui n’est pas toujours laïque ! Ce pourrait être la tâche de la France, et sans doute de la France de gauche… — à condition qu’elle ne contribue pas à promouvoir des âneries d’extrême droite comme le vocable “anti-blancs” !

burqa - international society for human rights


1 Réponse vers ““Burqa””


  1. Jeudi 9 juillet 2009 à 10:09

    J’ai récemment écouté une émission très intéressante sur le port de la burqa. C’était une française de confession musulmane qui intervenait. apparemment très instruite du fait. Elle aussi soutient que la burqa n’a de religieux que le fait qu’elle est une institution des extrémistes musulmans et nullement des dogmes coraniques. Par conséquent, elle ne peut que soutenir son interdiction en France. Il me semble qu’il faut réagir pendant qu’il est encore temps et non point perdre son temps à peser le pour et le contre.
    En tout cas, j’ai bien apprécié le rapprochement que tu fais avec le voile des religieuses chrétiennes et le lien avec l’homme et Dieu.


Laisser un commentaire




À propos

voir aussi :

Catégories

Archives

 

juin 2009
L Ma Me J V S D
« mai   juil »
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  

Etc.

  • 43,863
Page copy protected against web site content infringement by Copyscape

Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)