2 Réponses vers “Des effets collatéraux du colonialisme”


  1. Mercredi 19 août 2009 à 11:23

    Cette note et son développement (http://delugio.blogspot.com/2009/08/burqa-gauche-et-neo-colonialisme.html) font suite à un texte de Badiou (datant de 2004) republié récemment par Plumeplume (http://plumeplume.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/08/06/ouf-il-y-a-encore-des-penseurs.html / http://plumeplume.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/08/07/meditations-impertinentes-alain-badiou.html )
    Deux réflexions que j’ai posées en commentaires chez Plumeplume :
    — voilà une voix qui permet – au-delà de ce que le voilement a d’insupportable par ce qu’il signifie – de dire que les choses ne sont pas simples pour autant. S’il faut à ce sujet, et vu le contexte, évidemment légiférer, hélas – il faut bien légiférer en disant “hélas”… Pour diverses raisons que l’on peut appeler “effets pervers inévitables”. À titre d’exemple, je cite Badiou (point 15) : “la loi sur le foulard [...] ordonne que la féminité soit exposée. Autrement dit, que la circulation sous paradigme marchand du corps féminin soit obligatoire. Elle interdit en la matière […] toute réserve.”
    J’ai particulièrement apprécié en 2003, le livre de Chahdortt Djavann “Bas les voiles” (que l’on peut encore recommander aujourd’hui). Il m’a cependant titillé lorsque Chahdortt Djavann (p. 24) note (très brièvement) que “celles que personne ne remarquait attirent l’attention avec le voile. Comme [...] pour tromper les clients, ces femmes voilées cachent leur corps, pour qu’un mari enfin les choisisse les yeux fermés”.
    J’ai vu dans ce bref passage une difficulté du livre – remarquable – d’une femme qui sait de quoi elle parle, ayant été voilée de force pendant plusieurs années en Iran. Elle “dévoile” comme malgré elle, dans ce passage, à quel point les choses ne sont pas simples : celles (ou ceux) qui n’ont pas un look de top model n’ont-elles (ils) pas aussi le droit de séduire, en “voilant” ce qu’elles (ils) trouveraient disgracieux en elles (eux) ?… Voilà qui rejoint ce que touche aussi du doigt Badiou : la marchandisation du corps !
    L’oppression que Chahdortt Djavann a subie est, sans commune mesure, pire que celle que dénonce un Badiou, lequel vaut pourtant d’être entendu, pour que la problématique ne se réduise pas à ce qu’elle n’est pas.
    Oppression pire – le voilement, objectivant le corps féminin – : il faut la dénoncer sans hésiter… sans pour autant tomber dans le panneau qui donne du grain à moudre aux partisans de cette oppression au nom de ce que sa dénonciation peut porter cet effet pervers : être instrumentalisée pour une autre objectivation du corps féminin (les deux se rejoignant probablement au bout du compte). C’est ce qui vaut d’être entendu chez Badiou !

    http://plumeplume.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/08/14/grave-tres-grave1.html#c277134 : Décidément, Plumeplume, ton bout de Badiou a relancé le débat sur des bases enfin sérieuses. Le problème dont le voile est un symptôme ne saurait être posé dans les termes de la droite sauf à se réduire au tropisme du choc des machismes. Je viens de relire Sheila Rowbotham, qui dans les années ‘70 parlait du sort des femmes comme d’une façon de colonisation des corps. L’absence – mondiale – des alternatives de gauche, et les attaques unanimes contre toute velléité de leur renaissance (comme lors de la récente interposition française en Côte d’Ivoire entre la gauche élue et les créatures de la Françafrique), cet unanimisme ne nous laisse qu’avec les hochets manipulés par les machismes. Le machisme de droite occidental comme seule alternative à l’oppression islamiste des femmes !
    Je n’en suis que plus convaincu que la question ne sera soluble qu’à gauche. Encore faut-il que la gauche daigne exister et ne se contente pas d’une mutation du PS en une UMP bis.

  2. 2 Najette
    Samedi 3 octobre 2009 à 5:16

    Et que dire du hijab pour enfant ?


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Césaire :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme)